Quelles « mesures » pour quantifier la pauvreté ? Les indicateurs produits par les organisations internationales

Par Benoît MARTIN
Comment citer cet article
Benoît MARTIN, "Quelles « mesures » pour quantifier la pauvreté ? Les indicateurs produits par les organisations internationales", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 21/08/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part1/quelles-mesures-pour-quantifier-la-pauvrete

Le sens commun de la pauvreté est généralement compris de tous et l’image à laquelle elle renvoie semble constante à travers les siècles ; les œuvres produites par les écrivains, les peintres, les cinéastes, les photographes et les compositeurs en témoignent. Par ailleurs, la pauvreté comme objet des sciences sociales a constitué l’un des thèmes de prédilection de l’école de Chicago au début du XXe siècle. En revanche, mesurer la pauvreté s’avère beaucoup plus difficile et controversé. Qu’est-ce que « mesurer la pauvreté » ? Évaluer un nombre de pauvres ? Estimer un seuil au-dessous duquel une personne est considérée comme pauvre ? Quels critères prendre en compte pour définir ce seuil ? Sont-ils synthétisables en un seul indicateur ? Les méthodes existantes sont assez nombreuses et les résultats peuvent être très différents. Les sources de ces disparités sont d’ordre technique mais aussi conceptuel et politique, et intimement liées à l’organisation qui produit et diffuse ces statistiques.

L’objet de cet article est de faire un tour d’horizon des principaux indicateurs internationaux de mesure de la pauvreté aujourd’hui produits et/ou utilisés par les organisations internationales (OI). Quelle est la pertinence de chacun de ces outils statistiques diffusés par les OI ? Par une analyse comparative, nous examinerons la composition de ces indicateurs de façon fine, leur intérêt et leurs limites par rapport à la mesure de la pauvreté. Quelle importance les OI accordent-elles à ces indicateurs ? Comment sont-ils élaborés ? Nous retracerons leurs « chaînes de production » dans les différentes OI en les replaçant dans les contextes historique, scientifique et institutionnel qui ont entouré leur conception. En parallèle, les articles de Gabas et Laporte (2012) et Hillenkamp et Servet (2012) complètent et élargissent cette analyse globale.

La première partie introduit la complexité à mesurer la pauvreté et la priorité que la lutte contre celle-ci représente pour les OI ; la deuxième partie montre en quoi les indicateurs les plus connus (PIB et IDH) ne mesurent que très partiellement la pauvreté ; la troisième partie compare ensuite deux indicateurs spécialement élaborés pour estimer la pauvreté (l’indicateur de pauvreté monétaire et l’indice de pauvreté multidimensionnelle) ; enfin, la quatrième partie étudie les intérêts des tableaux de bord détaillés ainsi que leur utilisation dans les Objectifs du millénaire pour le développement.