Quelles « mesures » pour quantifier la pauvreté ? Les indicateurs produits par les organisations internationales

Par Benoît MARTIN
Comment citer cet article
Benoît MARTIN, "Quelles « mesures » pour quantifier la pauvreté ? Les indicateurs produits par les organisations internationales", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 07/12/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part1/quelles-mesures-pour-quantifier-la-pauvrete

La difficulté d’évaluer les populations cibles demeure problématique pour l’efficacité des programmes de lutte contre la pauvreté. Pour autant, alimentés par des débats scientifiques et politiques, les principaux indicateurs de pauvreté progressent sans cesse sur les plans technique et méthodologique et sur le fond. Ces améliorations permettent d’avoir un niveau de connaissance chiffrée sur la pauvreté jamais atteint.
Les débats sur les critères et leur pondération à retenir pour construire un indicateur synthétique de pauvreté sont loin d’être clos. En parallèle, la question de conserver un seul indicateur (synthétique ou non) ou une batterie de données plus brutes (dashboards) paraît déterminante au niveau de la construction puis des usages de ces quantifications. Plus on va vers des indicateurs composites, plus les données manquantes ou estimées sont nombreuses et plus la cohérence de la série statistique baisse. Un indicateur unique produit un ranking immédiat des États entre eux – dont les décideurs politiques et communicants aiment la simplicité – et possède un fort pouvoir normatif. Mais le résultat peut être réducteur ou caricatural. Les tableaux de bords rendent une vision globale plus difficile, mais ils peuvent retranscrire la diversité et la complexité de la pauvreté ou cibler un problème particulier pour une action politique précise. Tout est finalement question d’équilibre et d’usage approprié entre « tableaux de bords sans fin » et « indices composites réducteurs ».
Ce passage en revue des atouts et faiblesses des principaux indicateurs nous amène plutôt à considérer les plus notoires d’entre eux comme des gagnants issus de rapports de force politique que comme les meilleurs pour évaluer un phénomène social visé (Gadrey et Jany-Catrice, 2007). Ainsi, ces quantifications et ces outils ne renvoient-ils pas au moins autant aux concepts, valeurs et courants de pensée dominants des commanditaires et des producteurs qu’à une réelle volonté de faire progresser la connaissance de la pauvreté pour un traitement efficace ? La surabondante production statistique des OI et la course à la technicisation à laquelle elles se livrent ne répondraient-elle pas à un but inavoué d’autolégitimation ?
En outre, il reste à améliorer et parfois quasiment à établir des systèmes statistiques nationaux efficaces, sur le plan social surtout, la dimension économique étant mieux établie. Il faudrait poursuivre les incitations faites aux États à plus de transparence sur (certaines de) leurs données. Enfin, les grands enjeux mondiaux deviennent chaque jour plus transnationaux, or la majorité des appareils de mesure demeurent prisonniers d’un fonctionnement interétatique. Les statistiques devraient davantage être utilisées comme un bien public et mises au service des individus. Il s'agit de dépasser l'utilisation qu'en fait chaque État pour préserver son ilmage ou ses intérêts, sen somme passer de l'international au mondial.