La pauvreté dans l’agenda des Nations unies

Par Jean-Jacques GABAS et Camille LAPORTE
Comment citer cet article
Jean-Jacques GABAS et Camille LAPORTE, "La pauvreté dans l’agenda des Nations unies", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 23/11/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part4/la-pauvrete-dans-lagenda-des-nations-unies

La question de la pauvreté et de son traitement est récurrente dans la pensée sur le développement. Tous les « pionniers du développement » (Rosenstein-Rodan, Kalecki, Nurske, Hirschmann, Singer…) depuis les années 1940 ont abordé chacun à leur manière ce sujet central d’économie politique. Les années 1990 marquent toutefois un point de bifurcation dans la conception de ce phénomène social aux dimensions politiques fortes ; la croyance en un cercle vertueux selon lequel la croissance économique permettrait une réduction de la pauvreté et des inégalités internationales a été fortement remise en question par les faits (la pauvreté s’aggrave), interrogeant en conséquence les processus d’élaboration des politiques de développement ainsi que leurs contenus. 

Cet article analyse la mise sur agenda de la lutte contre la pauvreté au sein des Nations unies en se focalisant sur la Banque mondiale et le PNUD. On peut définir le concept d’agenda comme « l’ensemble des problèmes faisant l’objet d’un traitement, sous quelque forme que ce soit, de la part des autorités publiques, et donc susceptibles de faire l’objet d’une ou plusieurs décisions » (Garraud, 1990). La mise sur agenda est le résultat d’un couplage entre un problème sociétal, une alternative de politique publique et l’ouverture d’une fenêtre d’opportunité politique. Dans un contexte de surcharge de l’agenda, ici celui des Nations unies, il faut pour arriver à une mise sur un agenda parvenir à lier des enjeux déterminés à des solutions. La phase de catégorisation et d’analyse des enjeux est donc fondamentale dans le processus. Rarement explicable par un seul paramètre, celle-ci est souvent le résultat de l’interaction de plusieurs facteurs à un moment donné et le fait de jeux de pouvoir entre différents groupes d’intérêts pour définir quels types de solutions politiques seront élaborées en réponse à l’enjeu déterminé.

L’hypothèse étudiée dans cet article est la suivante : la lutte contre la pauvreté s’enclenche dans un processus de re-légitimation de ces deux institutions internationales et impulse un processus rénové de construction des politiques de coopération et de développement. Toutefois, au niveau international, il n’existe pas nécessairement de consensus, aussi bien sur les idées (on note souvent une confusion entre la lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités), que sur les outils des politiques visant la réduction de la pauvreté et des inégalités.

Il s’agira dans un premier temps de retracer la genèse de cette notion de pauvreté au sein des Nations Unies et d’en comprendre le contenu. Comment passe-t-on de la notion de développement à celle de lutte contre la pauvreté et les inégalités ? Dans un second temps, sera analysée la traduction des discours sur la pauvreté en termes d’indicateurs, de modèles de croissance et de politiques.