La pauvreté dans l’agenda des Nations unies

Par Jean-Jacques GABAS et Camille LAPORTE
Comment citer cet article
Jean-Jacques GABAS et Camille LAPORTE, "La pauvreté dans l’agenda des Nations unies", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 17/07/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part4/la-pauvrete-dans-lagenda-des-nations-unies

Depuis le début des années 1990, les institutions onusiennes ont inscrit le thème de la lutte contre la pauvreté comme une priorité de leur agenda et entretiennent un discours moral, impératif et compassionnel sur les pauvres exclus du système de marché mondialisé et des structures sociales et politiques nationales. On constate que la notion de pauvreté devient de plus en plus multidimensionnelle et politique, intégrant des aspects tels que les inégalités de revenus intra-étatiques ou la faible participation de la société civile à la décision politique. Si l’élargissement de la notion de pauvreté peut apparaître comme un bien, puisque les programmes d’assistance couvrent un plus grand nombre de bénéficiaires, elle peut également être vu comme le symptôme d’un manque de consensus sur cette notion entre les différentes organisations internationales. La Banque mondiale donne une image principalement monétaire et marchande de la pauvreté, même si elle intègre des facteurs institutionnels et sociaux. Le PNUD s'oppose à cette approche, en ne retenant aucun indicateur monétaire dans son indice de pauvreté humaine puis de pauvreté multidimensionnelle. Il adopte une conception plus politique de la pauvreté sans toutefois faire suivre ces propos et cette technique de mesures initiatrices d’un renouveau de ses programmes qui irait vers une remise en cause des structures sociales et politiques des pays pauvres. De plus, le discours complexifié sur les mesures de lutte contre la pauvreté entraîne une technicisation et une sophistication des indicateurs et des programmes. L’exercice de mesure quantitative de la pauvreté et d’élaboration de modélisation de nouvelles techniques d’aide semble concentrer une large part des ressources des bailleurs de fond. A défaut d’être arrivées à un consensus politique sur les mesures à adopter pour lutter contre la pauvreté, les institutions internationales tentent de construire un consensus scientifique qui légitimerait la poursuite de leurs interventions dans le domaine de la pauvreté qui regroupe désormais des actions diverses allant de la micro-finance à l’amélioration de la gouvernance locale.

A l’inverse, l’analyse qualitative des mécanismes de production de la pauvreté, notamment ceux concernant les rapports de pouvoir ou de domination, reste grandement absente des travaux actuels sur la lutte contre la pauvreté. Les institutions onusiennes cherchent à élaborer et diffuser des « bonnes recettes » de gouvernance dans une vision normative plutôt que des politiques publiques qui s’intéresseraient à la remise en cause des structures décisionnelles au sein d’une société donnée. Malgré un discours nourri sur les avancées des approches participatives, celles-ci se sont révélées difficiles à mettre en œuvre, relevant souvent de processus artificiels, tels des débats citoyens mis en place pour satisfaire la volonté des bailleurs de fond que les Etats ne se sont pas réellement appropriés (Campbell, 2011).