La lutte contre la pauvreté, un enjeu international

Par Isabelle HILLENKAMP et Jean-Michel SERVET
Comment citer cet article
Isabelle HILLENKAMP et Jean-Michel SERVET, "La lutte contre la pauvreté, un enjeu international", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 30/08/2016, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part1/la-lutte-contre-la-pauvrete-un-enjeu-international

La question de la pauvreté dans les relations internationales depuis la Seconde Guerre mondiale est d’abord reconnaissable à travers les mots employés pour désigner globalement les pays réputés « pauvres » ou ayant encore une fraction importante de leur population vivant avec de faibles revenus : pays attardés, tiers-monde, périphérie, pays dépendants, pays sous-développés, pays moins avancés ou plus pudiquement en voie de développement ou en développement et finalement pour certains d’entre eux pays émergents. L’expression « bien être et développement » apparaît dès l’article 22 du pacte de la Société des nations du 28 juin 1919. Et les termes « développement » et « sous-développement » en référence aux relations internationales seraient apparus en 1942 dans un article écrit par un fonctionnaire du Bureau international du travail.

Le lien entre pauvreté ou, plus exactement lutte contre la pauvreté et relations internationales, pour ce qui est des origines mêmes des politiques de développement, a été principalement médiatisé à partir du célèbre point 4 du discours d’investiture du président Harry S. Truman qui le 20 janvier 1949 a justifié pour la première fois au niveau officiel les politiques d’aides économiques et financières comme alternatives aux relations coloniales entretenues par les pays européens comme l’Espagne, la France, le Portugal et le Royaume-Uni. La rhétorique de la lutte contre la pauvreté pour justifier l’aide s’est poursuivie durant les six décennies suivantes. L’innovation est d’affirmer que les inégalités économiques entre peuples peuvent compromettre gravement la paix (autrement dit le statu quo entre puissants) et que les États les plus riches doivent contribuer, y compris donc dans leurs propres intérêts, au développement économique des peuples supposés ou se disant les plus démunis. Sont alors promus deux mots « sous-développement » et « aide », qui vont se trouver au cœur des relations internationales au cours des décennies suivantes. L’objectif de la diffusion de ces termes est de contribuer à un changement d’état d’esprit dans les rapports internationaux et plus précisément dans l’attitude des contribuables vis-à-vis d’un nécessaire soutien aux pays à faible revenu par tête. Ce faisant, les institutions internationales ont, sous des formes diverses, justifié leur création puis perpétué leur légitimité.