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Par Karoline Postel-Vinay

La frontière est une notion que l'on retrouve dans l'ensemble des sciences sociales et humaines, voire dans toutes les sciences. Chaque discipline en propose une définition, qui renvoie naturellement aux réflexions qui lui sont propres, sans être pour autant imperméable aux apports des autres champs de la connaissance. Par exemple, la science politique, pour aborder la notion de frontière, emprunte à la sociologie, laquelle peut s'inspirer de la philosophie ou de la physique, et réciproquement.

Par Alain Dieckhoff

« Dépouillez le sionisme du principe territorial et vous avez détruit son caractère et effacé ce qui le distingue des périodes précédentes ». C’est ainsi que l’essayiste Jacob Klatzkin (1882-1948) définit l’originalité de l’entreprise sioniste : la reconstruction de la nation juive passe par son regroupement territorial, à l’intérieur d’un espace souverain. Le sionisme se présente, ainsi, comme un projet avant tout géographique. Pour reprendre une formule alors en vogue : il s’agit pour les Juifs d’échanger beaucoup d’histoire contre un peu de géographie.

Par Jérôme Sgard

La représentation de l’espace et des frontières économiques est marquée par une difficulté initiale. D’un côté, l’analyse la plus abstraite des marchés que proposent les économistes est dénuée de toute dimension spatiale : les agents échangent dans un espace sans qualité, sans friction, sans cartographie d’aucune sorte. De l’autre côté, l’économie appliquée a produit un grand nombre de concepts spatiaux pour répondre aux problèmes et dilemmes posés par l’évidente diversité géographique de l’économie mondiale.

Par Roland Marchal

Un discours convenu sur les frontières en Afrique les décrit comme arbitraires, divisant des groupes ethniques supposés immuables et homogènes, etc. Cette représentation ne s’appuie sur rien, sauf l’ignorance. Les frontières en Afrique sont, comme ailleurs, « du temps dans des espaces », c'est-à-dire des objets historiques. Elles ont été, pour l’essentiel, dessinées entre 1885 et 1910, sans doute la seule véritable spécificité du continent de ce point de vue.

Par Tristan Bruslé
  1. « Un des mots pour “frontière”, “limite”, est sima, littéralement “sillon” : le Nirukta […] enseigne que sima vient de la racine siv, “coudre” : la frontière, c’est la couture entre deux desa, deux “pays” ou “domaines” ».
  2. Charles Malamoud, Les contours de la mémoire dans l’Inde brahmanique, 2002

 

Par Françoise Mengin

Jusqu’en 1949, la frontière entre Taiwan et la Chine était simple à appréhender : séparée du continent par un détroit qui, dans sa partie la plus étroite, mesure environ 130 km de large, l’île, d’abord peuplée de populations austronésiennes, est devenue la destination de colons chinois à partir du XVIe siècle. En partie occupée par les Hollandais et les Espagnols au XVIIe siècle, elle sert de refuge aux loyalistes ming en 1661, principauté autonome que les Qing (Mandchous) parviennent à reconquérir dès 1683.

Par Christophe Jaffrelot

La question des frontières reste d’une brûlante actualité dans toute l’Asie du Sud. À l’est, la ligne McMahon, héritée de la colonisation britannique et séparant la Chine et l’Inde, a été fort malmenée par la guerre de 1962. Depuis la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays en 1988, New Delhi et Pékin se retrouvent à intervalles réguliers pour examiner leurs litiges frontaliers - sans faire de progrès significatifs.

Par Frédéric Lasserre

Deux grandes questions politico-juridiques structurent les relations des pays riverains de l’océan Arctique. Le premier concerne le statut des eaux des passages arctiques, passage du nord-ouest et du nord-est, que la Russie et le Canada considèrent comme intérieures, ce que contestent tant les États-Unis que l’Union européenne. Le second débat concerne la définition des frontières des espaces maritimes arctiques, zones économiques exclusives (ZEE) et plateaux continentaux élargis.

Par Alexandra Bellayer Roille

Mers et océans ont fort longtemps été appréhendés comme des espaces dédiés à la communication et aux échanges. Les espaces marins n’étaient conçus comme ressources alimentaires potentielles qu’à proximité du littoral. Au-delà des zones côtières, le droit romain envisageait la mer comme une res communis, ouverte à la liberté de navigation et d'utilisation libre pour chacun. Les intérêts des États côtiers ou du pavillon, vont cependant s'opposer régulièrement et provoquer des revendications étatiques croissantes.