La géopolitique de l’Arctique : sous le signe de la coopération

Par Frédéric Lasserre
Comment citer cet article
Frédéric Lasserre, "La géopolitique de l’Arctique : sous le signe de la coopération", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 23/04/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part5/la-geopolitique-de-l-arctique-sous-le-signe-de-la-cooperation


La fonte rapide de la banquise dans l’Arctique en été laisse entrevoir la possibilité de sa disparition estivale d’ici quinze à soixante ans, et de l’ouverture de passages maritimes relativement libres de glace sur des périodes de plusieurs mois. Les glaces fondent de plus en plus tôt, se reforment de plus en plus tard, prolongeant la saison relativement navigable pour tous les navires de deux mois et demi à désormais trois à cinq mois. Cette fonte ranime ainsi l’intérêt pour les mythiques passages du Nord-Est (au nord de la Sibérie) et du Nord-Ouest (à travers l’archipel arctique canadien), routes maritimes entre l’Europe et l’Asie plus courtes de plus de 7 000 km que par les canaux de Panama ou Suez. Ces perspectives de mers arctiques libres de glace sur de plus longues périodes relancent aussi les projets d’exploration minière et d’hydrocarbures, tant du côté russe que du côté canadien, avec des perspectives intéressantes en matière de pétrole, de gaz, d’or, de diamants et de nickel.

Les médias rapportent régulièrement les jeux de pouvoir qui se dessinent dans l’Arctique actuellement. Certains parlent même d’une « bataille pour l’Arctique », d’une nouvelle « guerre froide » pour les ressources de la région, voire d’une possible guerre entre pays riverains de l’océan Arctique pour le partage de ses richesses. De tels scénarios catastrophes, pour être vendeurs sur un marché de l’information où annoncer la paix n’attire guère l’attention, sont peu crédibles compte tenu des enjeux dans cette région, importants mais pas stratégiques, et certainement pas insolubles grâce à des négociations.

Deux grands types de disputes, bien différentes, opposent actuellement les pays de l’Arctique. Se pose tout d’abord la question du statut des routes maritimes potentielles des passages du Nord-Ouest et du Nord-Est, alors que des scénarios prévoient un accroissement de la navigation dans ces zones : s’agit-il de détroits internationaux, ou ces passages sont-ils sous la souveraineté complète du Canada et de la Russie ? Ensuite, se pose la question de l’extension de la souveraineté économique (droits souverains) sur les plateaux continentaux, au-delà de la ligne des 200 miles nautiques ou marins (mn), question qui renvoie à celle de l’abondance relative des ressources naturelles dans la région. Ces deux disputes diffèrent tant par les enjeux qu’en raison de jeux d’alliances inconstants. Quels sont les enjeux économiques liés aux routes et aux ressources arctiques ? Comment se précisent les revendications sur les plateaux continentaux ? Quelle construction institutionnelle ou diplomatique encadre la réorganisation des relations régionales ?