La pauvreté post-industrielle au Royaume-Uni

Par Corinne NATIVEL
Comment citer cet article
Corinne NATIVEL, "La pauvreté post-industrielle au Royaume-Uni", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 25/03/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part5/la-pauvrete-post-industrielle-au-royaume-uni

Berceau de la révolution industrielle, le Royaume-Uni instaure dès 1911 un dispositif rudimentaire d’assurance sociale pour les travailleurs les plus démunis. Mais ce n’est qu’en 1942 que le fameux rapport de la Commission présidée par William Beveridge jette les fondations du système de sécurité sociale contributif qui sera mis en place après-guerre pour protéger tous les citoyens des « cinq grands maux »: la pauvreté, l’insalubrité, la maladie, l’ignorance et le chômage. Cette couverture universelle se devait de protéger l’individu « du berceau au tombeau » (from the cradle to the grave), selon la formule historique. A partir de 1979, la politique de Margaret Thatcher marque l’entrée dans l’ère post-fordiste avec le retrait de l’Etat-providence, la dérégulation des marchés, la privatisation de grandes entreprises publiques et l’adoption d’un modèle économique fondé sur l’expansion du secteur des services et de la finance. Cette politique néolibérale s’accompagne d’une forte contraction du secteur manufacturier (qui ne représente plus que 13% de la production britannique en 2011), d’une paupérisation de la classe ouvrière et d’un accroissement des inégalités sociales, phénomènes que les films du cinéaste Ken Loach ont largement contribué à faire connaître auprès du grand public. Les références aux clivages entre have et have nots, entre le Nord et le Sud (le fameux North-South divide), entre l’underclass et l’overclass sont récurrentes même si cette dichotomie est sans doute caricaturale et simplificatrice (Damon, 2009).

En 2010, le Royaume-Uni est la 6e économie mondiale avec un PIB de 2 247 milliards de dollars. Pour autant, la pauvreté n’a pas été éradiquée puisque 13,1 millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté, ce qui correspond à 22% de la population. Selon l’enquête Eurostat sur le revenu et les conditions de vie (EU-SILC), le pays figure parmi ceux qui affichent les taux de pauvreté les plus élevés, aux côtés de la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce et l’Espagne. Comment mesure-t-on ce phénomène et quelles en sont les conséquences dans un pays développé comme le Royaume-Uni ?