La pauvreté post-industrielle au Royaume-Uni

Par Corinne NATIVEL
Comment citer cet article
Corinne NATIVEL, "La pauvreté post-industrielle au Royaume-Uni", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 07/12/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part5/la-pauvrete-post-industrielle-au-royaume-uni

Les effets néfastes de la pauvreté et des inégalités de revenus ont été amplement documentés. La pauvreté et l’endettement des ménages sont fortement corrélés, l’insolvabilité occasionnant des retards de paiement de loyer et de factures énergétiques. Entre 2004 et 2009, les tarifs de l’électricité ont augmenté de 75% tandis que ceux du gaz ont augmenté de 122%. En 2009, le nombre de ménages concernés par la pauvreté énergétique avait augmenté de 22% pour toucher 5,5 millions de foyers.

La santé est l’un des domaines les plus étudiés. Il a par exemple été démontré que la pauvreté a une incidence sur la mortalité infantile et sur l’espérance de vie. L’étude Fair Society, Healthy Lives (Une société juste, des vies équilibrées) réalisée en 2010 par l’Observatoire londonien de la santé utilise pour la première fois une série d’indicateurs pour l’ensemble des communes anglaises. En Angleterre, l’espérance de vie est de 78,2 ans en moyenne mais elle est nettement inférieure à Manchester (74 ans) et supérieure dans les riches districts londoniens de Kensington et Chelsea (84,4 ans). L’originalité de l’enquête est l’utilisation d’un indice de pente (Slope Index) qui permet de mesurer l’écart entre les deux déciles de populations résidant dans les zones les plus riches et les plus pauvres de chaque commune. Si l’on compare par exemple la commune de Tower Hamlets à Londres à celle de Solihull (une banlieue affluente du Sud de Birmingham), on constate que les écarts d’espérance de vie intra-commune sont similaires alors que le nombre d’allocataires des minima sociaux et d’enfants n’ayant pas atteint un niveau de développement satisfaisant à l’âge de cinq ans est nettement plus élevé dans la première. L’intérêt est de mettre en évidence les micro-différences, le fait de résider dans un quartier pauvre d’une ville affluente n’étant pas en soi un élément protecteur. La dimension géographique vient donc complexifier le portrait de la pauvreté.

Voir la vidéo du Guardian :
"Rural Poverty"
 

Les géographes Danny Dorling et Bethan Thomas fournissent un panorama très détaillé de la « faillite » qui ronge le pays. L’atlas Bankrupt Britain montre très clairement que la crise économique accroît les inégalités spatiales. En 2009, un habitant d’Elmsbridge dans le Surrey gagnait en moyenne 3,3 fois plus qu’un habitant de Blackpool. Le surendettement affectait 56,4 ménages sur 10 000 à Mansfield dans le Derbyshire comparé à 17 sur 10 000 dans la City de Londres. Le nombre de saisies immobilières était, quant à lui, nettement plus élevé dans les quartiers Est de Londres, dans le Nord de l’Angleterre et dans le Sud du Pays de Galles que dans le Sud-Ouest de l’Angleterre où les ménages sont plus souvent pleinement propriétaires de leur bien. Il ne s’agit là que de quelques exemples figurant dans cet atlas très riche.

Les émeutes urbaines qui ont éclaté en août 2011 dans plusieurs quartiers multiethniques de Londres puis dans d’autres villes britanniques étayent cette cartographie de la pauvreté . Alors que les médias, les pouvoirs publics et une grande partie de l’opinion ont exclusivement dénoncé la violence des pilleurs et les méfaits de la société de consommation, on observe que certains délits étaient d’une toute autre nature. Dès lors que certains biens dérobés correspondaient à des produits de première nécessité (eau, lait, nourriture, couches pour nourrissons), on peut s’interroger sur les motivations des délinquants incriminés.

  Voir la vidéo du Guardian : "Reading the Riots"