La pauvreté post-industrielle au Royaume-Uni

Par Corinne NATIVEL
Comment citer cet article
Corinne NATIVEL, "La pauvreté post-industrielle au Royaume-Uni", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 07/12/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part5/la-pauvrete-post-industrielle-au-royaume-uni

Au Royaume-Uni, comme dans d’autres pays anciennement industrialisés, les notions de misère et de pauvreté ont progressivement évolué et intégré d’autres concepts tels que l’exclusion sociale, les inégalités et la précarité. Ces apports permettent d’appréhender la problématique sous ses différentes facettes et comme un processus plutôt qu’un simple état de fait.

Il est étonnant de constater qu’en dépit de l’avancement des connaissances relatives à ces questions, lorsque la Fondation Joseph Rowntree interroge les Britanniques sur les causes de la pauvreté, une grande majorité reste convaincue que la paresse et le manque de volonté figurent parmi les principales explications. Aussi certains chercheurs recommandent d’augmenter les actions à visée pédagogique. En effet, il convient de garder à l’esprit que l’orientation des politiques anti-pauvreté est avant tout idéologique. Elle est le reflet du sentiment d’injustice et de l’esprit de solidarité qui règne (ou non) dans un pays. Une vision restreinte de la pauvreté soulignant le manque de ressources financières et matérielles amène à préconiser exclusivement les transferts sociaux. Il va de soi que cette réponse demeure centrale. Toutefois, si l’on adopte une vision élargie du phénomène comme résultant d’un processus de relations sociales, d’autres facteurs intangibles peuvent être pris en considération. Dès lors où l’attitude que Ruth Lister (2004) nomme le othering, à savoir l’indifférence et le mépris qui font que l’autre est catalogué et stigmatisé, se transforme en reconnaissance et en respect, les réponses à la pauvreté peuvent s’ancrer dans une plus vaste lutte pour la citoyenneté et les droits humains. Dans un pays marqué depuis 2008 par une profonde crise économique et de vastes coupes budgétaires, les anciens paradigmes fondés sur la charité ou les exhortations à l’activité deviennent particulièrement inappropriés. C’est sans doute de cette tension qu’émergeront de nouvelles pistes de lecture d’un phénomène que le modèle de croissance post-industriel britannique, tiré depuis une trentaine d’années par l’immobilier et la finance, n’a pas réussi à éradiquer.