Inégalités, pauvreté, globalisation : les faits et les débats

Par Pierre-Noël GIRAUD
Comment citer cet article
Pierre-Noël GIRAUD, "Inégalités, pauvreté, globalisation : les faits et les débats", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 27/08/2016, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part1/inegalites-pauvrete-globalisation-faits-et-debats

Les méthodes de mesure des inégalités et de la pauvreté

Dans une population donnée, la mesure des inégalités économiques évaluables monétairement, par exemple les inégalités de revenus, passe par la construction d’une courbe de Lorenz. Celle-ci  donne le pourcentage y% des revenus totaux dont dispose les premiers x% de la population rangée par revenu croissant.
De cette courbe de Lorenz, on peut tirer plusieurs types d'indicateurs synthétiques :
- La part des revenus totaux obtenue par les 10 % les plus riches
- Le ratio entre le revenu des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres de la population
- L'indice de Gini de la répartition des revenus.



Cet indice mesure la surface située entre la courbe de Lorenz et la droite diagonale, normée à 100. Un Gini de 0 (courbe de Lorenz se confondant avec la diagonale) signifie une égalité complète : quel que soit x, x% de la population obtient x % des revenus totaux. Plus le coefficient de Gini est élevé et s'approche de 100, plus la répartition des revenus est inégalitaire. Aujourd'hui dans le monde, d'après les calculs de la Banque mondiale, le Gini des inégalités de revenus à l'intérieur de chaque pays va de 30 pour les pays les plus égalitaires (Europe du Nord), à 50-60, voire plus pour les plus inégalitaires (Amérique latine, Afrique subsaharienne). On calcule généralement des coefficients de Gini pour mesurer les « inégalités internes » à chaque pays, mais aussi pour la population mondiale prise dans son ensemble.

Une autre mesure importante est celle de « l'inégalité internationale », autrement dit de l’inégalité des revenus moyens par habitant entre pays. On calcule alors le PIB par habitant du pays en dollars, en utilisant des taux de change de « parité de pouvoir d'achat » (Purchasing Power Parity, PPP). On classe les pays par PIB/ha croissant et on calcule l'indice de Gini de cette distribution. Dans cette mesure de « l'inégalité internationale », chaque pays compte donc pour un. Elle est utile pour mesurer par exemple, l'écart de PIB/ha entre les 20 pays les plus pauvres et les 20 pays les plus riches de la planète s'accroît ou se réduit, sans prise en considération de la population de ces pays.

L’autre façon de mesurer les inégalités internationales consiste à pondérer chaque pays par sa population. Cette « inégalité internationale pondérée » se rapproche de « l'inégalité globale ».
« L'inégalité globale » ou « mondiale » est celle qui prévaut dans la population mondiale considérée dans son ensemble. Elle se mesure par un coefficient de Gini mondial, techniquement plus difficile à calculer puisqu’il faut comparer des revenus d’individus et de ménages vivant dans des pays très différents. On conçoit qu’elle est la combinaison de « l'inégalité internationale pondérée » et des « inégalités internes » à chaque pays.

La mesure de la pauvreté, quant à elle, suppose la définition, toujours assez arbitraire, d'un seuil de pauvreté. Dans les statistiques internationales, ce seuil est désormais de 1,25 dollar de revenu journalier, calculé au taux de change de parité de pouvoir d'achat. Néanmoins chaque pays, en particulier l'Inde et la Chine, mais aussi les pays riches, utilisent des mesures nationales qui diffèrent du seuil international. Ainsi en France, comme aux Etats Unis, le seuil de pauvreté est fixé à la moitié du revenu médian. Cette mesure de la pauvreté en termes de revenus monétaires est très grossière ; c'est pourquoi on la complète par de nombreux autres indicateurs. Par exemple l'indicateur de la « pauvreté multidimensionnelle » ou l'indicateur de développement humain (IDH) et ses diverses composantes.




Il est aussi intéressant de mesurer les paramètres dont l'amélioration constitue les Objectifs de développement du millénaire décidés dans le cadre de l'ONU en 2000, et dont quelques exemples sont donnés dans le tableau ci-dessous.