Inégalités, pauvreté, globalisation : les faits et les débats

Par Pierre-Noël GIRAUD
Comment citer cet article
Pierre-Noël GIRAUD, "Inégalités, pauvreté, globalisation : les faits et les débats", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 24/05/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part1/inegalites-pauvrete-globalisation-faits-et-debats

« Nos salaires sont-ils fixés à Pékin ? » se demandait Freeman en 1995 dans le Journal of Economic Literature.  Sa réponse fut négative et elle était l'opinion de loin la plus fréquente à l'époque comme le montre l'ensemble d'articles de Paul Krugman intitulé « La mondialisation n'est pas coupable ». Aux yeux de ces deux hommes, la raison de l'accroissement des inégalités internes était à chercher dans un progrès technique « biaisé » en défaveur du travail non qualifié. La solution était donc très simple: requalifier la main-d’œuvre dans les pays riches. J'ai critiqué en 1996 cette thèse, avec la publication de L'inégalité du monde. J'y montrais pourquoi la globalisation commerciale, financière et de l'information codifiable, phénomène beaucoup plus vaste que la seule compétition avec les pays à bas salaires, était la cause profonde à la fois du rattrapage des pays émergents,  donc de la réduction des inégalités internationales, et de la croissance des inégalités internes, tant dans les pays riches qu'émergents.

En 2012, le regard de nombreux économistes, parmi eux Paul Krugman, a  beaucoup évolué… Ce dernier reconnaît désormais, avec la montée en puissance de la Chine et de l'Inde, le rôle de la globalisation commerciale dans l'aggravation des inégalités et les pertes d'emplois, en particulier industriels, aux États-Unis et en Europe. It’s no longer safe to assert that trade’s impact on the income distribution in wealthy countries is fairly minor. There’s a good case that it is big, and getting bigger. I’m not endorsing protectionism, but free-traders need better answers to the anxieties of globalisation’s losers. » In « Trade and inequality revisited » (Krugman, 2007).
Et de fait, le thème de la « désindustrialisation » des vieux pays industriels fait désormais dans ces pays l'objet de débats d'intensité croissante.