Un ou des modèles de puissance chez les émergents ?

Par Joan DEAS et Yves SCHEMEIL
Comment citer cet article
Joan DEAS et Yves SCHEMEIL, "Un ou des modèles de puissance chez les émergents ?", CERISCOPE Puissance, 2013, [en ligne], consulté le 22/11/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/puissance/content/part4/un-ou-des-modeles-de-puissance-chez-les-emergents

Plan de l'article:


Les prétendants au statut de puissance globale sont nombreux mais peu sont les élus. Pour être reconnu comme puissance montante, un Etat doit être en phase ascensionnelle sur les plans économique, commercial, diplomatique et militaire (ce qui élimine la Russie, depuis longtemps établie) ; avoir la taille d’un continent (ce qui écarte l’Afrique du Sud) ; maîtriser la haute technologie (ce qui empêche d’autres pays parfois englobés dans le groupe des BRICS – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – comme l’Indonésie ou l’Egypte, d’y figurer pour l’instant). Dans cette perspective, seuls la Chine, l’Inde et le Brésil satisfont à toutes ces conditions.

Si ces trois pays partagent des caractéristiques communes, le Brésil se distingue des deux autres sur trois points : l’Inde et la Chine sont des puissances nucléaires, dépensant beaucoup pour leur armement, dotées de forces de projection (comme les Etats-Unis, la Russie, la France et la Grande-Bretagne) ; leurs investissements directs entrants et sortants s’équilibrent ; ils sont en mesure de subvertir ou de rééquilibrer l’ordre mondial. Ce n’est pas le cas du Brésil, un pays proche des pays occidentaux qui s’affirme comme leur prolongement dans le nouveau monde.

Ces trois Etats ont fait pression sur le club des puissances établies pour obtenir des concessions, et notamment une meilleure représentation au sein des principales institutions internationales de régulation économique. Le groupe n’a pas tardé ensuite à viser des gains diplomatiques. Pourtant, la coordination de leurs efforts reste à ce jour incertaine. Ses résultats modestes font douter de leur capacité à surmonter leurs rivalités : soucieux de préserver leur souveraineté et leur liberté d’action, ils se méfient des alliances contraignantes. Les attitudes et les stratégies de leurs représentants dans les grandes organisations intergouvernementales attestent de leur difficulté à agir de concert. Elles révèlent des divergences profondes sur la conduite à adopter une fois satisfaite, à terme, l’exigence de parité avec les puissances établies dans les instances délibératives. Plus encore, ces trois pays peinent à se situer dans le système international : sont-ils les porte-parole du tiers monde (comme leurs dirigeants le déclarent partout, depuis longtemps, avec constance) ou bien de nouveaux membres du club des grands ? Entrent-ils en conflit avec l’ordre international établi ou endossent-ils les normes en vigueur au fur et à mesure de leur intégration au sein des institutions internationales ? Pour répondre à ces grandes questions, nous évaluerons les ressources de ces trois pays et leur capacité à agir ensemble, ainsi que leurs divergences. Dans un second temps, nous détaillerons leurs spécificités.