Un ou des modèles de puissance chez les émergents ?

Par Joan DEAS et Yves SCHEMEIL
Comment citer cet article
Joan DEAS et Yves SCHEMEIL, "Un ou des modèles de puissance chez les émergents ?", CERISCOPE Puissance, 2013, [en ligne], consulté le 19/09/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/puissance/content/part4/un-ou-des-modeles-de-puissance-chez-les-emergents

Si les dirigeants de ces Etats se considèrent comme des acteurs à part entière de l’ordre international actuel, ils estiment cependant que le présent système ne prend pas en considération leur poids relatif, leurs normes et leurs intérêts. Toutefois, selon de nombreux experts, leurs efforts pour « réformer en douceur » le système depuis l’intérieur sont susceptibles de renforcer significativement la légitimité et l’effectivité des institutions et organisations constituant la communauté internationale.

Les trois grands émergents continuent de respecter les Etats-Unis et d’accepter leur statut d’hegemon global. Aucun d’eux ne cherche à se coaliser avec les deux autres pour contrebalancer les Etats-Unis, encore moins pour renverser l’ordre établi par les puissances libérales traditionnelles. L’attitude adoptée par leurs dirigeants est opportuniste, elle vise d’abord la maximisation de leurs gains. Leurs préférences et leurs choix stratégiques semblent établis au cas par cas. Leur conception de la puissance est en perpétuelle mutation car elle évolue au fur et à mesure de leur ascension sur la scène économique et diplomatique mondiale, qui ne se fait pas au même rythme pour les trois pays. Ils ont en effet des profils trop différents et des intérêts nationaux trop divergents pour coopérer de manière significative sur des enjeux qui ne soient pas seulement économiques.

Malgré leurs différences et leur diversité inhérente, ces Etats ont cependant des positions communes : priorité accordée à leur souveraineté, non-ingérence dans les affaires d’autrui, double discours d’émergé et d’émergent, absence apparente de conditionnalité à leur aide, grande flexibilité et pratique courante d’une diplomatie de réseau informelle et préférence pour la médiation, aversion pour le risque de conflit ouvert avec d’autres grandes puissances, aspiration commune globale pour une plus grande représentativité et un leadership plus affirmé au sein des institutions économiques et politiques internationales.

Reste à savoir combien de temps encore ils pourront jouir du luxe d’être à la fois oiseau et souris, car tous les paramètres indiquent qu’ils ressemblent de plus en plus aux puissances essoufflées que leurs chefs critiquent et prétendent remplacer en instaurant un nouvel ordre du monde.