L'impuissance paradoxale du « soft power » de la Chine post-Mao

Par Stéphanie BALME
Comment citer cet article
Stéphanie BALME, "L'impuissance paradoxale du « soft power » de la Chine post-Mao", CERISCOPE Puissance, 2013, [en ligne], consulté le 29/09/2021, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/puissance/content/part4/l-impuissance-du-soft-power-chinois

On a pu observer que la Chine pâtissait d’une certaine image négative en Occident lors de la tournée de la flamme olympique dans le monde en 2008, alors que le discours officiel cherchait à valoriser le sentiment d’appartenance à l’humanité toute entière à travers le slogan « un monde, un rêve » (yige shijie, yige mengxiang). Les élites chinoises avaient cependant présenté leur participation aux Jeux olympiques comme « le rêve d’un siècle ». Plusieurs années après l’exposition universelle de 2010, l’image de la Chine dans le monde reste extrêmement contrastée d’un continent à l’autre, et suscitera pour longtemps encore des débats houleux.

Les enquêtes d’opinion 2012 et 2013 réalisées par le Centre Pew sur l’image de la Chine dans le monde présentent des résultats très contrastés : dix pays sur vingt-deux (Espagne, Palestine, Ukraine, Russie, Grande-Bretagne, Liban, Egypte, Pakistan, Indonésie et Kenya) ont une image positive voire très positive de la RPC. Cette image est « très négative » dans six pays dont le Japon, la Turquie et l’Inde (bien que l’on observe dans ce dernier pays un fort pourcentage d’indécis, près de 45 %) et « seulement » négative en Allemagne, au Mexique et au Brésil. En France, le sentiment à l’égard de la Chine est également très mitigé ainsi qu’aux Etats-Unis, en Pologne ou en Lituanie, pour prendre des cas de pays très différents. On trouve dans ces pays une petite majorité de réponses positives, entre 51 % et 52 % en moyenne. Les résultats de l’enquête dépendent du rapport initial d’un pays donné vis-à-vis des Etats-Unis, et notamment du fait que les Etats-Unis soient perçus comme des alliés ou des rivaux. Dans le continent asiatique, le sentiment vis-à-vis de la Chine est également très partagé. Dans la même proportion inverse qu’au Japon, 67 % des Indonésiens interrogés ne considèrent pas la Chine, en général, comme une menace, même si leur confiance à l’égard du gouvernement chinois est limitée (30 % environ).

L’enquête annuelle du Centre Pew permet d’observer que l’opinion à l’égard de la Chine change radicalement à partir de 2008, à l’occasion de l’organisation des Jeux olympiques certes, mais plus exactement en raison du soulèvement au Tibet et de la campagne de boycott des Jeux de Pékin qui s’en est suivie, à l’initiative d’ONG internationales dont Reporters sans frontières. Entre 2008 et 2009, on constate une chute de dix-neuf points d’opinions favorables à l’égard de la Chine en France, de douze points en Allemagne, de quinze points au Japon, de sept points en Indonésie et de cinq points au Mexique. Puis, à partir de 2010, les opinions positives se font de plus en plus nombreuses pour retrouver à peu près le niveau d’avant les Jeux olympiques. Aux Etats-Unis, 43 % des personnes avaient une image « globalement positive » de la Chine en 2005 contre 39 % en 2008 et 51 % en 2012 ; en France, la courbe suit l’évolution suivante : 58 % en 2005, 28 % en 2008 et 51 % en 2012.

Les autres pays émergents, à l’exception de la Russie, ont une image également ambivalente à l’égard de la Chine, à l’instar du Brésil (seulement 49 % en ont une perception positive) et de l’Inde (par exemple, 13 % seulement des personnes interrogées font confiance à l’ex-président Hu Jintao). En Europe, plus de 80 % des personnes interrogées redoutent la puissance militaire de la RPC alors que seulement 50 % estiment que sa croissance économique constitue une variable positive pour leur propre pays. Cinquante-trois pourcent des Américains jugent la richesse chinoise soudaine et négative pour les intérêts des Etats-Unis, contre 59 % en France et seulement 40 % environ en Espagne, au Mexique et en Russie. Cette perception évolue très rapidement depuis 2010, dans un sens plus fataliste. Les opinions admettent désormais que la Chine étant en passe de devenir la première puissance mondiale, il convient de mieux en comprendre les réalités afin de mieux l’appréhender.