Les fondations politiques allemandes : des courtiers de la politique étrangère

Par Dorota DAKOWSKA
Comment citer cet article
Dorota DAKOWSKA, "Les fondations politiques allemandes : des courtiers de la politique étrangère", CERISCOPE Puissance, 2013, [en ligne], consulté le 17/01/2020, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/puissance/content/part2/les-fondations-politiques-allemandes-des-courtiers-de-la-politique-etrangere

La croissance constante des subventions publiques allouées aux fondations politiques mais aussi la relative autonomie dont elles disposent sur le terrain s’expliquent par les liens qu’elles entretiennent avec les partis politiques allemands. Les six fondations politiques reconnues à ce jour sont en effet proches de chacun des partis représentés au Bundestag.

Les fondations politiques allemandes (politische Stiftungen)


Friedrich-Ebert-Stiftung
proche du Parti social-démocrate (SPD), créée en 1925, interdite en 1933 et réactivée dès 1945

Konrad-Adenauer-Stiftung
proche de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), née en 1964 de la fusion de deux instituts crées en 1955 et en 1962

Friedrich-Naumann-Stiftung
proche du Parti libéral démocrate (FDP), créée en 1958

Hanns-Seidel-Stiftung
proche de l’Union chrétienne sociale (CSU), créée en 1967

Heinrich-Böll-Stiftung
proche des Verts (Bündnis 90/Die Grünen), créée en 1997 à partir de trois organisations financées depuis 1989

Rosa-Luxemburg-Stiftung
proche à l’origine du Parti du socialisme démocratique (PDS) et désormais du parti de gauche (Die Linke), officiellement reconnue en 1999

Si leurs structures sont formellement indépendantes et si aucun transfert financier ne doit avoir lieu entre le parti et « sa » fondation, les liens entre ces entités demeurent nombreux. Historiquement proches des partis politiques, voire même émanations directes de ces derniers dans certains cas, les fondations ont acquis progressivement une autonomie certaine, aidées par les décisions successives du Tribunal constitutionnel relatives au financement des partis politiques. Les liens entre les partis et les fondations se matérialisent à travers des personnalités multipositionnées. De nombreux responsables politiques, actifs ou en disponibilité – députés, ministres, ministres-présidents, voire chanceliers (Helmut Kohl, Angela Merkel) – siègent dans les conseils d’administration des fondations. Leurs dirigeants sont le plus souvent issus des instances dirigeantes des partis et ont déjà occupé des hautes fonctions politiques et/ou administratives (ministre-président, haut responsable de l’administration, etc.). Ce capital politique accumulé sert les fondations de plusieurs manières. Tout d’abord, il pérennise leur action en Allemagne puisque leur existence et leur fonctionnement font l’objet d’une entente entre les députés siégeant à la commission budgétaire du Bundestag, qui transcende les divisions partisanes et empêche toute remise en cause du système. Cette collusion est à l’origine de l’augmentation constante des budgets des fondations ces dernières décennies. Ensuite, l’ancrage partisan accroît le rayonnement international des fondations puisque leurs partenaires à l’étranger perçoivent derrière chaque fondation la formation politique dont elle est proche. Les responsables des bureaux à l’étranger deviennent ainsi des intermédiaires susceptibles de faciliter l’accès aux milieux du pouvoir en Allemagne.

Les activités internationales des fondations impliquent plusieurs centaines de délégués dans les bureaux à l’étranger (sur deux mille employés au total) qui connaissent bien le pays dans lequel ils interviennent et en parlent souvent la langue. Diplômés du supérieur (science politique, économie, droit notamment), ces responsables, qui choisissent d’effectuer tout ou une partie de leur carrière au sein de la fondation, disposent d’une expérience internationale et, souvent, de contacts solides dans les réseaux partisans allemands et transnationaux. Dans leur travail de terrain, ces représentants s’appuient sur le personnel local. Ils entretiennent un échange rodé avec les sièges des fondations en Allemagne et avec les ministères fédéraux qui sont leurs bailleurs de fonds pour le travail à l’étranger : le ministère des Affaires étrangères (AA) et le BMZ.