Les fondations politiques allemandes : des courtiers de la politique étrangère

Par Dorota DAKOWSKA
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Dorota DAKOWSKA, "Les fondations politiques allemandes : des courtiers de la politique étrangère", CERISCOPE Puissance, 2013, [en ligne], consulté le 17/01/2020, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/puissance/content/part2/les-fondations-politiques-allemandes-des-courtiers-de-la-politique-etrangere

Les répertoires d’action des fondations – dialogue interpartisan et syndical, travail de formation politique, bourses, publications, conférences, voyages d’étude – s’appuient sur une longue expérience. Grâce aux fonds publics dont elles bénéficient (dont le montant total, plus de 460 millions d’euros annuels, dépasse de loin l’ensemble des subventions publiques accordées aux partis politiques allemands) et à la relative flexibilité de leur action, les fondations se sont impliquées dans les transformations politiques en Europe du Sud dans les années 1970, puis en Amérique latine dans les années 1980, mais aussi en Asie.

Si la contribution des fondations aux changements de régime demeure difficile à cerner, elle donne lieu, dans certains cas, à des récits héroïques, comme dans le cas du soutien de la Fondation Friedrich Ebert (FES) (sociale-démocrate) à l’opposition portugaise dans les mois précédant la « révolution des œillets » (1974). Les porte-parole de la fondation se plaisent à rappeler que le Parti socialiste portugais a été créé en 1973 dans un de ses centres de conférence, à Bad Münstereifel, où Mário Soares, alors en exil en France, avait été accueilli pour organiser le congrès fondateur.

Les fondations ont été très présentes en Europe centrale et orientale où elles ont su nouer des contacts avec les milieux politiques et académiques, parfois bien avant la chute du mur de Berlin, comme ce fut le cas en Pologne. L’Ostpolitik de Willy Brandt a représenté une opportunité pour la Fondation Friedrich Ebert qui a proposé des échanges de journalistes et des programmes de bourses. Cette dernière a ouvert un dialogue avec les membres réformateurs du Parti ouvrier unifié polonais (POUP). La chute des régimes communistes a permis aux fondations de s’implanter plus durablement dans la région. Elles ont alors ouvert des bureaux de représentation dans ses principales capitales.

Plus récemment, les fondations allemandes ont montré leur capacité à mobiliser des ressources de manière flexible, pour répondre à la nouvelle demande et renforcer leur offre dans le contexte des « printemps arabes ». Comme d’autres professionnels internationaux de la démocratisation, elles ont formé des observateurs électoraux et des leaders de mouvements politiques émergents. La Fondation Ebert a soutenu financièrement l’organisation du Forum social mondial qui s’est déroulé à Tunis au mois de mars 2013. Ce type d’action n’intervient pas sans l’aval ni le soutien des pouvoirs publics allemands, et en premier lieu du ministère de la Coopération économique et du Développement (BMZ), qui finance les fondations depuis sa création en 1961. Dans le contexte des « printemps arabes », ce dernier a attribué aux six fondations politiques une enveloppe exceptionnelle de 5,4 millions d’euros d’un fonds régional, en plus de leurs financements habituels, pour soutenir leur engagement dans les pays de la région (Égypte, Algérie, Jordanie, Turquie, Bahreïn/Yémen, Liban, Autorité palestinienne et Tunisie).

Cela étant dit, le travail des fondations ne repose pas seulement sur une mobilisation ponctuelle de moyens financiers pour soutenir des mouvements politiques et sociaux (à travers des formations, des voyages d’étude, etc.). Si de tels moyens d’action relèvent de la panoplie assez classique des promoteurs de la démocratie, mobilisée notamment par les organisations américaines, la force des fondations politiques allemandes réside principalement dans les liens tissés dans la durée.