Les fondations politiques allemandes : des courtiers de la politique étrangère

Par Dorota DAKOWSKA
Comment citer cet article
Dorota DAKOWSKA, "Les fondations politiques allemandes : des courtiers de la politique étrangère", CERISCOPE Puissance, 2013, [en ligne], consulté le 21/11/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/puissance/content/part2/les-fondations-politiques-allemandes-des-courtiers-de-la-politique-etrangere


Fin décembre 2011, les bureaux cairotes de la Fondation Konrad Adenauer (KAS, proche de l’Union chrétienne-démocrate allemande, CDU) étaient fouillés par des policiers armés accompagnés des représentants du procureur. Implantée en Égypte depuis 1979, la KAS était accusée d’activités illégales et de transferts financiers suspects. Les autorités égyptiennes ont entamé une procédure judiciaire au pénal contre deux représentants allemands de la fondation, leur interdisant de quitter le pays. Début 2012, Hans-Gert Pöttering, membre et ancien président du Parlement européen, qui préside la KAS, ainsi que le Bundestag ont formellement condamné ces mesures de rétorsion.

Ces tensions, qui travaillent périodiquement les fondations, illustrent leur propension à investir divers contextes politiques, y compris dans des régimes autoritaires, avec une prédilection pour les épisodes de changement de régime. Présentes dans les pays du Maghreb depuis des décennies, les fondations politiques allemandes se sont activement impliquées dans le « printemps arabe », offrant formations et soutiens diversifiés aux groupes oppositionnels, proposant conseils et forums d’expression à des mouvements civiques plus larges. Familières des pays dans lesquels elles entretiennent des bureaux et avec les différentes composantes de leur spectre politique, les fondations savent identifier rapidement les organisations et individus qu’elles jugent dignes d’être soutenus.

Dès 1989, les fondations s’étaient implantées dans les principales capitales de l’Europe du Centre-Est où elles avaient tenté d’investir leur expérience accumulée dans d’autres contextes, qu’il s’agisse du conseil aux nouvelles élites espagnoles et portugaises dans les années 1970 ou encore de la formation des dirigeants africains et latino-américains dès les années 1950 et 1960. À la fois discrètes et incontournables sur la scène de l’« assistance internationale à la démocratie » du fait des ressources qu’elles sont en mesure d’investir dans le dialogue politique, les fondations politiques allemandes représentent un défi pour l’étude des relations de pouvoir dans l’espace international. Alors qu’elles sont financées quasi entièrement sur fonds publics, elles disposent d’une considérable autonomie d’action et ne peuvent être considérées comme de simples cellules de mise en œuvre de l’action publique extérieure. Indissociables des partis politiques, elles entretiennent avec celles-ci des relations complexes. De fait, c’est grâce à leur ancrage simultané dans ces deux champs d’action – le champ politique et celui de l’action publique extérieure – que les fondations parviennent à accumuler des ressources considérables, tant en termes financiers et symboliques qu’en termes de capital politique et de légitimité.