La pauvreté dans les villes chinoises : le cas des migrants

Par Alice EKMAN
Comment citer cet article
Alice EKMAN, "La pauvreté dans les villes chinoises : le cas des migrants", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 05/12/2016, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part2/la-pauvrete-dans-les-villes-chinoises-le-cas-des-migrants

Plan de l'article:

Note de l'auteur : Cet article a été rédigé en juillet 2011. Des assouplissements du "hukou", le permis de résidence, ont eu lieu depuis dans certaines provinces (Sichuan, par exemple).

La question de la pauvreté en Chine est relativement peu traitée alors que l’économie chinoise est en pleine croissance. Pourtant, même si, durant ces trente dernières années de réformes économiques, des efforts significatifs ont été menés pour réduire la pauvreté, celle-ci demeure massive et représente un défi majeur pour le gouvernement chinois à court et moyen terme. Deux catégories de population pauvre existent en Chine : celle des zones rurales, la plus démunie et la plus importante (en 2011, 128 millions de ruraux, près de 10% de la population du pays, vivent au-dessous du seuil de pauvreté établi à 2 300 yuan/an par les autorités chinoises, soit environ 270 euros/an) et celle des villes, constituée principalement de migrants.

Les migrants, ou nongmingong (农民工- littéralement les « paysans ouvriers »), paysans venus en zone urbaine chercher du travail et une opportunité d’améliorer leurs conditions de vie, constituent désormais entre un quart et un tiers de la population des grandes villes chinoises. Les migrations des zones rurales vers les zones urbaines ont fortement augmenté à partir des années 1980, avec les réformes économiques, puis se sont multipliées encore davantage au cours des années 1990 et 2000, avec l’augmentation de la demande urbaine de main d’œuvre bon marché et l’écart croissant de revenu entre villes et campagnes. Aujourd’hui, sur la base du sixième recensement national conduit fin 2010, les autorités chinoises estiment le nombre total de migrants (« population flottante », ayant habité hors du lieu de résidence de référence durant les six derniers mois) à 260 millions de personnes environ, soit près de 20% de la population totale du pays.

L’examen particulier de la situation des migrants, nouvelle population des villes qui de par sa taille et son statut contraignant constitue une catégorie démographique unique au monde, permet de mieux comprendre les spécificités chinoises de la pauvreté urbaine.