La conscience environnementale, condition d'une puissance soutenable ?

Par François GEMENNE
Comment citer cet article
François GEMENNE, "La conscience environnementale, condition d'une puissance soutenable ?", CERISCOPE Puissance, 2013, [en ligne], consulté le 23/11/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/puissance/content/part6/la-conscience-environnementale-condition-d-une-puissance-soutenable

Il n’est plus possible aujourd’hui de comprendre les problèmes environnementaux sans tenir compte de leur dimension intrinsèquement politique. D’une part, les crises environnementales mettent gravement en péril la stabilité et la sécurité des Etats qu’elles touchent, et ont même précipité la disparition de certaines civilisations dans le passé. Par ailleurs, le développement spectaculaire de la diplomatie environnementale ces dernières années a placé les sujets environnementaux au premier plan des relations internationales. La crise environnementale a aujourd’hui atteint une ampleur sans précédent et une dimension globale : elle affectera, à des degrés divers, l’ensemble des pays. Le développement durable semble donc devoir s’imposer comme la condition d’une puissance soutenable, et les problèmes environnementaux agissent souvent comme des révélateurs d’inégalités de puissance(s).

Pour autant, environnement et puissance continuent à entretenir une relation ambiguë dès lors qu’on s’aventure sur le terrain de la puissance économique. Dans une logique de court terme, la puissance économique semble antinomique du développement durable. A plus long terme, pourtant, la conception classique de la puissance économique, exprimée par des indicateurs comme le produit intérieur brut ou la croissance, contient en elle-même la mort annoncée de cette puissance.

Pour être soutenable, la puissance doit nécessairement être partagée. Les problèmes environnementaux sont en effet avant tout des problèmes distributifs, qui trouvent leurs racines dans une répartition inégale des ressources, des bénéfices et des impacts. Dans sa conception actuelle, la notion même de puissance suppose un rapport de domination, d’inégalité. Tant que ces rapports perdureront, la crise environnementale ne pourra être endiguée et constituera une menace pour la puissance. A l’heure de l’Anthropocène, la crise environnementale impose aujourd’hui de repenser le concept même de puissance, qui devra être, demain, collective et partagée.