Les ONG et la lutte contre la pauvreté : de la marginalité à l’exemplarité

Par Simon TORDJMAN
Comment citer cet article
Simon TORDJMAN, "Les ONG et la lutte contre la pauvreté : de la marginalité à l’exemplarité", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 26/05/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part4/les-ong-et-la-lutte-contre-la-pauvrete-de-la-marginalite-a-lexemplarite

Reconnaissant la nécessité d’accentuer les efforts d’harmonisation des pratiques de l’aide au développement et de la lutte contre la pauvreté, plus d’une centaine de représentants des gouvernements de pays donateurs, en développement, d’institutions multilatérales et des banques régionales de développement se sont réunis à Paris en février 2005 pour approuver la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide. Notant la diversification croissante des acteurs et des programmes d’aide internationale, ils ont insisté alors sur le besoin d’ « exercer une réelle maîtrise sur leurs politiques et stratégies de développement et d’assure(r) la coordination de l’action à l’appui du développement ».

Alors qu’au cours des décennies 1990 et 2000, l’augmentation des ressources et des acteurs dédiés à la lutte contre la pauvreté ne s’est pas traduite par une réduction notable des inégalités à l’échelle mondiale, les signataires de la Déclaration de Paris soulignaient que l’apparition « ces dernières années, de nouveaux acteurs du développement – pays à revenu intermédiaire, fonds mondiaux, intervenants du secteur privé, organisations de la société civile – a (…) également été également synonyme de défis nouveaux (…) » (paragraphe 9). Tout en encourageant la participation de la société civile à la définition des stratégies de développement et à la coordination de l’aide, la Déclaration n’hésitait donc pas à adopter un discours nuancé à l’égard de l’importance croissante des acteurs non-gouvernementaux dans les circuits de l’aide internationale, qui appelait selon eux une réponse spécifique des agences de développement et des bailleurs de fonds. Au-delà du ton nécessairement consensuel de formulations marquées par plusieurs cycles de négociations successives, la Déclaration laissait notamment sourdre nombre de préoccupations liées à la possible fragmentation des acteurs de développement et au risque de marginalisation des institutions étatiques.

Le poids de plus en plus important des organisations non-gouvernementales (ONG), progressivement désignées par la formule équivoque et ambigüe de « société civile », ne saurait se limiter à un changement d’acteurs et d’échelle du développement et de la lutte contre la pauvreté. Depuis la décennie 1980 et plus encore durant les années 1990, la transformation du champ de la lutte contre la pauvreté et l’affirmation de la société civile et de l’ONG comme figures privilégiées de l’aide au développement a eu un impact significatif sur les objectifs poursuivis, les stratégies empruntées et les répertoires d’action des acteurs du développement, en contribuant notamment à un brouillage progressif des frontières entre les domaines du public et du privé, de la technique et du politique.