Les ONG et la lutte contre la pauvreté : de la marginalité à l’exemplarité

Par Simon TORDJMAN
Comment citer cet article
Simon TORDJMAN, "Les ONG et la lutte contre la pauvreté : de la marginalité à l’exemplarité", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 22/03/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part4/les-ong-et-la-lutte-contre-la-pauvrete-de-la-marginalite-a-lexemplarite

A la différence de la société civile, formule à la signification étirée fréquemment utilisée, le terme d’ONG renvoie à un modèle organisationnel spécifique. La Banque mondiale définit les ONG comme « des organisations privées qui poursuivent des activités qui atténuent les souffrances, promeuvent les intérêts des pauvres, protègent l’environnement, fournissent des services sociaux de base ou contribuent au développement communautaire » (World Bank, 1989). Un document de 1995 intitulé Travailler avec les ONG : guide pratique de la collaboration opérationnelle entre la Banque mondiale et les organisations non-gouvernementales précise que « le terme d’ONG peut caractériser toute organisation à but non-lucratif qui dépend, totalement ou en partie, des dons volontaires et/ou du bénévolat. Bien que le secteur non-gouvernemental se soit professionnalisé au cours des deux dernières décennies, les principes de l’altruisme et du volontarisme en restent les caractéristiques principales.

En faisant de la participation et du volontarisme des éléments centraux de leur définition et le point d’articulation de leurs modalités opérationnelles, les ONG, et notamment les organisations occidentales transnationalisées, embrassent le plus souvent deux stratégies distinctes destinées à lutter contre la pauvreté. Tout en s’affirmant comme acteurs d’intervention rapide et efficace menée sur le terrain, elles contribuent également à la poursuite d’activités de plaidoyer et de mobilisation vouées à influer sur la décision et les politiques publiques. Tandis que leur nombre et leur influence s’accroissent considérablement au niveau international, le discours des principales ONG occidentales vouées à l’aide humanitaire et/ou au développement, véhiculé tant par les réseaux d’information que par de campagnes médiatiques, met l’accent sur l’efficacité accrue de chaque fonds collecté qui sera directement utilisé pour renforcer les actions entreprises sur le terrain. Tout en se revendiquant de valeurs et principes universalistes, ces ONG inscrivent ainsi leurs activités dans des lieux précis et auprès de populations ciblées. L’ancrage local constitue de la même manière l’un des principaux éléments mis en avant par les ONG du Sud dont le nombre connaît une expansion constante depuis les années 1980. Leur investissement progressif du champ du développement et des rapports nouveaux de partenariat avec les ONG du Nord se sont notamment renforcés à mesure que les Etats du Sud, à la faveur de plans d’ajustement structurel, se désinvestissaient des « affaires sociales » et de la fourniture de services aux plus démunis.

Alors que la sphère non-gouvernementale se développe et comprend des structures variées, des organisations communautaires de base aux structures intermédiaires destinées à mettre en œuvre ou appuyer des projets de développement, les ONG connaissent également une diversification de leurs fonctions et assument un double rôle de représentation des bénéficiaires et de soutien technique et parfois financier à la mise en œuvre des projets de développement. Autrement dit, l’expansion transnationale des ONG humanitaires et de développement du Nord et la croissance des structures associatives au Sud ne traduisent pas seulement un changement d’échelle des solidarités non-gouvernementales. Elles contribuent également à l’évolution de leur nature et de leur statut, les ONG s’affirmant désormais alternativement ou simultanément comme des relais de l’assistance, catalyseurs de solidarités et surtout leviers de participation populaire pour la définition et la mise en œuvre des initiatives de lutte contre la pauvreté. Initialement centrées sur les droits de l’homme, elles embrassent des domaines aussi divers que la protection de l’environnement ou la régulation de la finance internationale et s'imposent progressivement comme des relais d’influence et de mobilisation déterminants à mesure que les circuits d’une gouvernance transnationale accompagnent –sans s’y substituer totalement- le dispositif intergouvernemental.