Les ONG et la lutte contre la pauvreté : de la marginalité à l’exemplarité

Par Simon TORDJMAN
Comment citer cet article
Simon TORDJMAN, "Les ONG et la lutte contre la pauvreté : de la marginalité à l’exemplarité", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 22/01/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part4/les-ong-et-la-lutte-contre-la-pauvrete-de-la-marginalite-a-lexemplarite

L’expansion continue et parallèle d’organisations transnationales non-gouvernementales et d’organismes locaux au sein des sociétés civiles en développement des pays du Sud composent et articulent des stratégies renouvelées de développement, inextricablement liés à la promotion de mécanismes fluidifiés de régulation de la bonne gouvernance. Le changement d’échelle de l’espace non-gouvernemental s’est ainsi accompagné d’une transformation du statut et de la nature des structures qui le composent, non sans générer un certain nombre de tensions contextuelles et de dilemmes opérationnels, reproduits dans le tableau ci-dessous.

Tandis que le développement des ONG a reposé sur l’affirmation du volontarisme et de la gratuité, l’attrait accru des bailleurs de fonds et leur expansion, au Nord comme au Sud, se sont accompagnés de la professionnalisation de leurs membres (Le Naëlou 2004) et d’une bureaucratisation croissante de leurs procédures de fonctionnement (Dijkzeul 2003), sources de déconnection progressive entre ces ONG en développement et les modes locaux de gouvernance. Comment dès lors, faire rupture et inciter à la refonte des modes de gouvernance lorsque ces organisations tendent à devenir de véritables entreprises du changement qui fondent et justifient leur existence par les blocages de l’Etat et le statu quo de la situation économique, politique et sociale (Efficacité vs. légitimité) ?

L’injonction de la société civile comme double formule de développement et de démocratisation s’est traduite par l’affirmation de l’ONG comme relais opérationnel de la lutte contre la pauvreté et l’autoritarisme. Mais, tandis que la promotion de la bonne gouvernance s’impose comme le nouveau credo des stratégies de développement (Mappa, 2009), l’Etat n’est plus qu’un acteur parmi d’autres de la gestion publique, aux côtés du secteur privé et du secteur non-gouvernemental (Lachapelle et Paquin, 2004), amenés à assumer des fonctions jusque-là dévolues aux acteurs publics. Autrement dit, l’émergence de l’ONG comme acteur du développement n’engendre pas seulement modification des pratiques et de l’espace des solidarités. Par l'apparition d’un modèle de changement où le plaidoyer se substitue à des revendications collectives partisanes, elle contribue également à un brouillage accru des frontières entre public et privé ainsi qu'entre technique et politique et à la valorisation de la recherche du compromis et du changement incrémental, à des formes de mobilisation parfois ancrées depuis de nombreuses années dans les trajectoires et répertoires locaux de l’action militante.