Migrations et pauvreté : essai sur la situation malienne

Par Patrick GONIN et Nathalie KOTLOK
Comment citer cet article
Patrick GONIN et Nathalie KOTLOK, "Migrations et pauvreté : essai sur la situation malienne", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 27/05/2016, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part2/migrations-et-pauvrete-essai-sur-la-situation-malienne

Pourquoi partent-ils ? Parce qu’ils sont pauvres et/ou qu’ils n’ont pas de travail est la réponse que l'on entend le plus souvent. Nous avons posée cette question dans des classes d’écoles primaires et de collèges lors d’interventions présentant les migrations internationales de notre monde contemporain. Rien d’étonnant : ces élèves ne font que reproduire ce qui est largement propagé par trop d’hommes politiques ou de commentateurs d’actualité lorsque les questions migratoires sont débattues. Cet adage n’en demeure pas moins une vérité très partielle. Partir pour l'étranger ne peut se faire sans la détention d'un capital financier minimal qui résulte bien souvent d’un capital social permettant d’accéder à la connaissance des routes migratoires, à des adresses de destination, au savoir qui permettra de s’adapter aux évolutions des politiques nationales d’ouverture ou de restriction de la mobilité. Partir nécessite donc des ressources, celles qui se transmettent dans des cercles fermés : ceux du domaine de la proximité, des classes sociales et des cellules familiales.

Pour tenter d’approcher ces réalités migratoires et leurs rapports à la pauvreté, une deuxième question est nécessaire : comment partent-ils ?  En croisant cette deuxième interrogation avec la première, différents profils migratoires apparaissent dont en premier lieu les migrations de travail et celles de peuplement. D’autres sous-catégories ont été construites et traduisent la diversité des migrations et leur complexification. Une migration de travail peut être temporaire, circulaire, sous contrat… Quant aux migrations de peuplement, elles varient en fonction des situations spécifiques et peuvent être liées à la question de l’emploi. Dans tous les cas de figure, les pays d’arrivée déterminent les conditions d’accès à leur territoire national pour lesquelles les contraintes deviennent de plus en plus nombreuses. Toutes ces catégories ne doivent pas être confondues avec les situations des réfugiés ou des personnes déplacées. Les déterminants des migrations sont donc divers et ces dernières ne peuvent en aucun cas  s’expliquer par la seule volonté de trouver du travail ou fuir la pauvreté. Et même si telle était cette seule réalité, les migrants internationaux seraient alors beaucoup plus nombreux. « En ce début du XXIe siècle, parmi les figures de plus en plus variées de la mondialisation migratoire, émergent de manière emblématique les femmes, les étudiants, les qualifiés, les entrepreneurs transnationaux, mais aussi des hommes très jeunes, souvent encore adolescents, mieux scolarisés et formés, qui traduisent chacun à leur façon leur rêve de se réaliser dans le monde d’aujourd’hui, leur espoir d’avoir “un futur”, leur volonté d’être acteur de leur vie. » (Simon, 2008) En réalité, ils partent pour que d’autres restent et cette décision est d’abord individuelle même si parfois elle est partagée avec des proches. D’autres partent pour mieux revenir, ils espèrent un avenir meilleur. Ils partent aussi pour vivre mieux, combattre leur appauvrissement et ici le lien devient possible avec l’idée que l’on se fait de la pauvreté ou de ce que veut dire socialement être pauvre. Le contexte socio-économique demeure donc essentiel.

Cet essai sur les relations entre les migrations internationales et la pauvreté tente d’expliquer que les candidats maliens à la migration ne partent pas parce qu’ils sont financièrement pauvres mais parce que l’espoir d’un vivre mieux est ailleurs. De ce point de vue, ils luttent aussi contre les processus de paupérisation de leurs existences.