Migrations et pauvreté : essai sur la situation malienne

Par Patrick GONIN et Nathalie KOTLOK
Comment citer cet article
Patrick GONIN et Nathalie KOTLOK, "Migrations et pauvreté : essai sur la situation malienne", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 22/03/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part2/migrations-et-pauvrete-essai-sur-la-situation-malienne

En se référant au modèle économique libéral dominant, les institutions internationales, et les Etats d’immigration posent comme postulats d’une part que la pauvreté alimente les migrations et d’autre part que les transferts de fonds des migrants participent au développement du pays d’origine.

Depuis quelques années déjà, la France propose au Mali de signer un accord de gestion concertée des flux migratoires et de développement solidaire que le président de la République Amadou Toumani Touré refuse, sous la pression des organisations de la société civile tels l’Association des Maliens Expulsés ou le Forum pour un autre Mali. Au-delà des analyses critiques apportées à ce type d’approche (Gonin, Kotlok, 2009. Kotlok, 2010), le Programme 301 qui finance modestement le développement solidaire encourage les migrants à continuer d’épargner pour mener des actions en faveur du développement et lutter contre la pauvreté. Car l’un des objectifs du développement solidaire est d’appuyer des actions qui pourraient éradiquer les causes de départ en soutenant les initiatives des migrants au bénéfice de leur pays et en soutenant les collectivités territoriales dans leurs opérations de coopération décentralisée. Désormais,  des créations d’activités génératrices de revenus sont censées procurer des emplois et limiter ainsi le nombre de candidats au départ. Cependant, au-delà des possibilités du marché et des potentialités de réussite du projet entrepreneurial, tous les migrants ne sont pas porteurs d'un tel type de projet. Cet appui à la création d’entreprise, notamment dans le cadre du Fonds de solidarité prioritaire co-développement Mali (fermé précipitamment en 2009), n’a d'ailleurs pas atteint ses objectifs. Peu de migrants l’ont sollicité et moins encore ont réussi dans leur projet. Pour ce qui concerne l’appui aux associations, dans son rapport d’évaluation sur la contribution des migrants à leur pays d’origine, Eric Besson écrit au sujet du Mali que « l’aide publique du gouvernement français, plafonnée à 70 % du montant de chaque projet de développement local, a permis de cofinancer vingt-deux projets sur la période 2003-2005, principalement dans les domaines de l’éducation, de l’agriculture, de l’hydraulique et de la santé. » Il va sans dire que les associations de ressortissants et le gouvernement malien ne peuvent être que déçus de ce « développement solidaire ».

Dans les discours, l’appui aux associations de migrants semble rencontrer l’adhésion des deux Etats concernés par ce couple migratoire sans pour autant résoudre les problèmes d’une pauvreté endémique au regard des montants alloués. Ils oublient que ce type d’initiative contribue aussi à l’appauvrissement des contributeurs. En effet, les pressions sociales venant des villages et les sollicitations institutionnelles des Etats invitent les Maliens de France à privilégier les efforts financiers en direction du village à l'amélioration de leur propre quotidien en France. A une autre échelle, les Etats pourraient être tentés de se décharger de leurs responsabilités sur les migrants. Ce risque est d’autant plus grand que l’endettement du Mali ne lui permet pas d’investir sur l’ensemble de son territoire et l'actualité montre que le nord du pays devient prioritaire pour lutter contre l'influence d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). L’absence de l’Etat dans la construction et le fonctionnement des services publics, souvent mentionné par les maires et les migrants de la région de Kayes, pourrait bien perdurer. La succession de crises financières, les risques de faillite de plusieurs Etats européens, les plans de rigueur adoptés ne laissent pas présager d'une augmentation de l’aide publique au développement des pays africains.