Bolsa Família : une nouvelle génération de programmes sociaux au Brésil

Par Valéria PERO
Comment citer cet article
Valéria PERO, "Bolsa Família : une nouvelle génération de programmes sociaux au Brésil", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 25/08/2016, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part4/bolsa-familia-une-nouvelle-generation-de-programmes-sociaux-au-bresil

Les dix premières années du XXIe siècle ont été des années de changements attendus depuis longtemps au Brésil. Le pays présente une distribution des revenus parmi les plus inégales du monde. Malgré les changements de régime politique et la croissance économique, les indicateurs qui les mesurent, comme le coefficient de Gini, sont restés stables entre les années 1970 les années 1990. Au niveau de développement du pays, mesuré par exemple par le revenu par habitant, la proportion de pauvres était relativement élevée, révélant un pays plus injuste que pauvre. Mais au cours de la première décennie du second millénaire, on a assisté à une réduction graduelle et constante des inégalités de revenu qui, associée à la croissance économique, a réduit la pauvreté au Brésil de façon significative.

Selon Soares (2010), les deux tiers de la baisse récente des inégalités de revenu peuvent être expliqués par l’amélioration des revenus du travail, liée à une augmentation significative du salaire minimum, le dernier tiers étant lié aux programmes de transferts de revenus vers les plus pauvres. A partir du milieu des années 1990, le gouvernement a commencé à chercher une meilleure réponse aux problèmes des plus vulnérables en se focalisant sur les programmes de transfert conditionné de revenu. L' exigence de contreparties inclue dans ces derniers est devenue la référence pour les actions gouvernementales dans leur politique de combat contre la pauvreté. Au moment de son lancement en 2003, le programme Bolsa Família a profité à 3,6 millions de familles (soit 14,4 millions de personnes) avec un financement de 3,4 milliards de Reais, soit seulement 1,6% des dépenses sociales (représentant 0,5% du PIB) selon les données du ministère du Développement social et de la Lutte contre la faim et du ministère de la Planification, du Budget et de la Gestion. Le programme, qui visait les plus pauvres et s'est rapidement développé - la couverture des bénéficiaires a augmenté -, a eu un impact significatif sur les inégalités de revenu et la pauvreté au Brésil.

Les programmes de transfert conditionné de revenu du type Bolsa Familia représentent une importante innovation dans la politique sociale brésilienne en ce sens que celle-ci n’a pas seulement pour objectif d’alléger la pauvreté avec le transfert de revenus mais aussi de combattre ses causes à l’aide de conditionnalités qui génèrent des incitations à des investissements en capital humain. Selon Pero et Szerman (2010), cette conception, qui déplace l’accent de l’assistance sociale vers le développement social, est la caractéristique d’une nouvelle génération de programmes sociaux. Le programme Bolsa Familia s’appuie ainsi sur le transfert de revenu, les conditionnalités et les programmes complémentaires. Les transferts de revenus permettent de lutter contre la pauvreté de façon immédiate, alors que les conditionnalités cherchent à renforcer l’accès aux droits sociaux de base dans les domaines de l’éducation, la santé et l’assistance sociale.

Le Brésil a été le premier pays d’Amérique latine à mettre en place un programme de transfert conditionné de revenu avec le programme Bolsa Escola en 1995. Celui-ci a servi de base pour la conception d’autres programmes dans la région. Cet article décrit l’évolution récente des politiques publiques de lutte contre la pauvreté à travers les programmes de transfert conditionné de revenu au Brésil, les problèmes rencontrés et les défis de l'avenir. L’expérience brésilienne est intéressante en raison des défis d'un pays aussi grand et diversfié et par le fait que de tels programmes sont le résultat d’un processus d’apprentissage dans la conduite de la politique sociale plutôt que l'option idéologique d’un Etat néolibéral comme l’avait suggéré le débat des années 1990 sur ce sujet. Par ailleurs, bien que les ressources du programme Bolsa Familia ne représentent qu’un faible pourcentage du PIB, celui-ci s'avère efficace dans la mesure où l’on observe une diminution significative des inégalités et de la pauvreté au Brésil au cours de la période d’augmentation de la couverture et des avantages.

L’article analyse d’abord le débat autour de l’idée de programme de transfert conditionné de revenu avec le lancement du programme Bolsa Escola, présente ensuite l’intégration des programmes fédéraux de transfert conditionné de revenu au sein du programme Bolsa Familia et ses effets sur les inégalités et la pauvreté et se termine enfin par une discussion sur les défis auxquels la politique sociale brésilienne est aujourd’hui confrontée.