La Chine en quête d'une « société harmonieuse »

Par Amandine MONTEIL
Comment citer cet article
Amandine MONTEIL, "La Chine en quête d'une « société harmonieuse »", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 25/03/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/la-chine-en-quete-dune-societe-harmonieuse

Érigée par les experts de la Banque mondiale en « exemple saisissant de la capacité de toute une région à sortir de la pauvreté en une seule génération », la Chine est devenue le principal moteur de la réduction de la pauvreté à l’échelle mondiale. Sans elle, le premier des Objectifs du millénaire pour le développement – la réduction de moitié du nombre de personnes en situation d’extrême pauvreté – aurait été impossible à atteindre. D’après le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 600 millions de Chinois seraient sortis de la misère depuis 1978, tandis que la Banque mondiale indique que la proportion de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour qui représentait les deux tiers de la population chinoise en 1981 serait passée à moins d’une personne sur dix en 2004. Le Livre blanc sur la pauvreté rurale publié par le Conseil des affaires de l’État à la fin 2011 souligne que, dans les campagnes, l’équivalent de « toute la population française » est sorti de la pauvreté au cours de la dernière décennie.

Ces chiffres impressionnants ne masquent pourtant guère l’ampleur des défis sociaux auxquels Pékin doit faire face. La croissance économique a considérablement élevé le niveau de vie du plus grand nombre mais elle a aussi démultiplié les inégalités. Les bouleversements socio-économiques, qui ont permis et accompagné le décollage économique (restructuration du secteur public, urbanisation…), ont fait émerger la menace d’un déchirement du tissu social.

La lutte contre la pauvreté, un temps cantonnée aux efforts pour sortir du sous-développement des zones rurales « attardées », est désormais devenue un objet de politique publique, y compris dans les villes. Depuis les années 2000, un mouvement de balancier semble s’opérer entre le primat un temps accordé à la croissance économique et la quête d’une « société harmonieuse » (hexie shehui), intégrant aux légitimes exigences de développement économique des considérations sociales, environnementales et morales. L’insertion croissante dans les flux internationaux, tant commerciaux que culturels, médiatiques et intellectuels, contribue aussi à transformer le regard que les Chinois – dirigeants politiques, acteurs du tiers secteur, mais aussi simples citoyens – portent sur la pauvreté et les inégalités.

Ces évolutions président à des reconfigurations du paysage institutionnel. La réforme des structures publiques chargées de la mise en œuvre des politiques sociales va de pair avec la recherche d’une nouvelle articulation avec d’autres acteurs au degré d’indépendance varié vis-à-vis du gouvernement (comités de quartier, fondations publiques, entreprises « socialement responsables », associations, action caritative de groupes religieux, ONG locales ou étrangères).