Accès à l’énergie et consommateurs vulnérables : les enjeux de la précarité énergétique en Europe

Par François BAFOIL et Rachel GUYET
Comment citer cet article
François BAFOIL et Rachel GUYET, "Accès à l’énergie et consommateurs vulnérables : les enjeux de la précarité énergétique en Europe", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 25/02/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part4/acces-a-l-energie-et-consommateurs-vulnerables


L’accès à l’énergie est reconnu comme une condition essentielle au développement humain. En Europe, tout Etat se doit de garantir à ses citoyens les conditions pour la sécurité de l’approvisionnement énergétique et pour un bien effectif. Il doit couvrir leurs besoins énergétiques fondamentaux (éclairage, chauffage, cuisson et mobilité). Par contraste, la précarité désigne l’incapacité propre à certains groupes de population d’accéder à l’énergie considérée comme un bien essentiel et universel. Par conséquent, est dit « précaire énergétique » tout individu qui ne peut se chauffer de manière adéquate ni s’éclairer ou cuire ses aliments de manière satisfaisante, à un coût abordable, et cela quand bien même il dispose d’un logement. Dans un ouvrage récent (Bafoil, Fodor, Le Roux 2014), nous avons souligné les difficultés de définition, de repérage et d’identification du profil du « précaire énergétique » auxquelles sont confrontés les acteurs publics et privés. La question se pose ainsi d’emblée de la distinction du profil du « précaire énergétique » de celui du « pauvre ».

Faute de pouvoir honorer leurs factures énergétiques, certains ménages voient leur fourniture d’énergie interrompue ou sont contraints d’adopter des comportements de restriction aux dépens de leur bien-être et de leur santé. En Europe, 11 % de la population déclare ne pas être en mesure de chauffer son logement de manière adéquate (Anderson 2013). Le nombre de précaires énergétique en Europe fait l’objet de diverses évaluations sans toutefois être intégré dans les statistiques officielles (EPEE 2009). Comment évaluer ces chiffres en l’absence de définitions précises et homogènes ? Pis, lorsque les données sont largement manquantes et que, phénomène aggravant, les autorités publiques ou encore les associations se révèlent démunies pour identifier les profils des populations cibles ?

Populations difficilement quantifiables, définitions aléatoires, groupes sociaux indivisibles et politiques publiques imprécises, la problématique de la précarité énergétique en Europe semble naviguer entre le flou des interventions publiques et privées, et le déni de la réalité de ce phénomène, qui ne cesse pourtant de s’amplifier.

Traiter de la précarité énergétique impose donc d’abord un effort de clarification. Si invisibilité il y a, à quoi donc l’assigner ? A l’incapacité de l’Union européenne (UE) d’énoncer une politique commune ? A la volonté des Etats de conserver intacte la maîtrise de leur politique énergétique, et donc le consensus social qui en résulte ? Ou alors aux individus eux-mêmes qui taisent leur état et se soustraient ainsi aux statistiques, et partant, aux dispositifs d’aide censés leur être destinés ?