Quelles frontières pour l’État d’Israël ?

Par Alain Dieckhoff
Comment citer cet article
Alain Dieckhoff, "Quelles frontières pour l’État d’Israël ?", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne], consulté le 26/09/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/content/part3/quelles-frontieres-pour-letat-disrael

C’est la première intifada, ce vaste mouvement de protestation de la société palestinienne qui dura de 1989 à 1993, qui mit brusquement fin à l’illusion israélienne d’une « occupation libérale », à laquelle les Palestiniens consentiraient ad vitam aeternam. La Cisjordanie et Gaza redevenaient des territoires dangereux que les Israéliens « de l’intérieur » préféraient éviter. La ligne verte retrouvait une consistance tangible. Au même moment apparaissait, au sein de la gauche, une inquiétude nouvelle, de nature démographique. La croissance continue de la population palestinienne, à Gaza comme en Cisjordanie, plaçait Israël devant un dilemme impossible : soit maintenir inchangée sa domination militaire, ce qui revenait à miner progressivement la démocratie israélienne ; soit accorder des droits politiques aux Palestiniens ce qui aurait encouragé la création d'un État binational. D’où le choix d’une troisième voie : celle d’une séparation entre Israël et les Palestiniens. Ce fut l’option choisie par Yitzhak Rabin en 1993, avec le processus d’Oslo auquel l’OLP prit part, car elle pouvait cadrer avec son aspiration à édifier un État indépendant en Cisjordanie et à Gaza. Cet objectif, pourtant, n’a pas été atteint. Il y a bien eu une déconnection, partielle, entre Israël et la population palestinienne mais pas de disjonction politique entre Israël et un État palestinien. L’Autorité palestinienne gère 40% de la Cisjordanie, dans des espaces discontinus, le reste demeurant sous le contrôle exclusif d’Israël. Le désengagement unilatéral de Gaza, en 2005, est allé plus loin puisqu’il s’est accompagné du démantèlement des colonies et de l’évacuation des bases militaires mais, avant même la prise du pouvoir par le Hamas en juin 2007, l’espace aérien comme les frontières maritimes et terrestres (sauf à Rafah) restaient contrôlés par Israël. Enfin, depuis 2002, les autorités israéliennes ont entrepris la construction d’une « barrière de séparation » d’une longueur de 725 km (achevée aux deux tiers). Sa vocation est double, sécuritaire (empêcher la pénétration de terroristes) mais aussi politique, puisqu’elle rattache de facto unilatéralement à Israël 8,5% de la Cisjordanie. Tel qu’il est conçu actuellement, ce mur ne constitue pas l’amorce d’une frontière négociée. D’une part, parce que son tracé, qui n’épouse pas strictement la ligne verte, est imposé aux Palestiniens de façon à arrimer à Israël les grands blocs de colonies et à rendre impossible tout partage de Jérusalem. Ensuite parce que, s’il entrave la circulation des Palestiniens, il n’interdit nullement aux Israéliens de continuer à s’installer, bien à l’est du mur, dans les colonies du massif montagneux de la Cisjordanie. À l’évidence, tant que les implantations israéliennes continuent de se développer sur tout le territoire de Cisjordanie, aucune véritable frontière israélo-palestinienne ne peut voir le jour.


Plus de soixante ans après sa création, Israël demeure donc un État inachevé, car l’assise territoriale de sa souveraineté n’est pas complètement fixée. Certaines frontières (avec l’Égypte, la Jordanie) sont désormais permanentes ; une autre est potentiellement tracée (la ligne bleue cartographiée par l’ONU après le retrait israélien du Sud-Liban). Deux autres restent à déterminer (avec la Syrie et la Palestine) dans le seul cadre internationalement acceptable : celui de négociations.