Quelles frontières pour l’État d’Israël ?

Par Alain Dieckhoff
Comment citer cet article
Alain Dieckhoff, "Quelles frontières pour l’État d’Israël ?", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne], consulté le 24/04/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/content/part3/quelles-frontieres-pour-letat-disrael

Plusieurs moyens furent utilisés pour ce faire. De façon classique, la ligne d’armistice fut matérialisée par des mines, des fils de fer barbelés, des systèmes d’alarme et surveillée par des patrouilles de l’armée. Reprenant une tactique de marquage de la frontière inaugurée dans les années 1930 (lors du débat sur le plan Peel), Israël encouragea aussi le développement d’implantations nouvelles (essentiellement des kibboutzim), édifiées exactement au ras de la ligne de démarcation. Ces dernières remplissaient d’autant plus aisément cette fonction de garde-frontières qu’elles étaient intégrées au système militaire de la défense territoriale, les hommes en âge de porter les armes assurant la sécurité sur place. Mais la frontière ne doit pas seulement être protégée sur le mode défensif : elle doit aussi l’être de façon offensive. C’est là l’objectif de la politique de représailles adoptée au cours des années 1950. Elle découle d’un problème auquel l’État eut à faire face dès 1949 : celui des « infiltrés », réfugiés palestiniens, installés à Gaza ou en Cisjordanie et qui, séparés de leurs terres ou de leurs maisons par une ligne d’armistice arbitraire, voulaient moissonner leurs champs ou retrouver leurs foyers. Soucieux d’empêcher tout retour, même partiel, des 750 000 Palestiniens expulsés ou chassés par la guerre, Israël opta pour une politique de fermeté qui se traduisit par des représailles violentes et leur renvoi systématique en territoire ennemi, après tout acte de sabotage commis en Israël (en octobre 1953, le raid contre le village cisjordanien de Qibya fit plus de 60 morts civils). Enfin, Israël constitua un véritable cordon sanitaire sur les pourtours de son territoire en faisant des frontières une « zone protégée » (de 10 à 25 km de large) dans laquelle de strictes mesures de sécurité s’appliquaient à l’encontre des seuls citoyens arabes qui étaient, à l’occasion, déplacés d’autorité. D’emblée, l’État d’Israël déploya une énergie considérable pour rendre étanches ses frontières contestées et protéger ainsi son territoire national.