La frontière boliviano-paraguayenne : des contentieux historiques aux dynamiques d’intégration énergétiques

Par Laurent Lacroix et Laetitia Perrier-Bruslé
Comment citer cet article
Laurent Lacroix et Laetitia Perrier-Bruslé, "La frontière boliviano-paraguayenne : des contentieux historiques aux dynamiques d’intégration énergétiques", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne], consulté le 29/05/2024, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/content/part3/la-frontiere-boliviano-paraguayenne

Les enjeux de la frontière boliviano-paraguayenne éclairent l’ambivalence contemporaine des frontières en Amérique du Sud. Celles-ci sont à la fois des lieux de friction où s’exprime le nationalisme et des lieux d’intégration où s’inventent de nouvelles solidarités continentales. Le débat sur la course aux armements du continent sud-américain illustre le premier point. L’inflation des dépenses militaires des Etats inquiète ses voisins : en 2007, la Colombie y a consacré 4% de son PIB, le Chili 3,4%, l’Équateur 2,9% et la Bolivie 1,7%. En 2009, le Paraguay a demandé des comptes à la Bolivie sur son niveau d’armement. De vieux contentieux frontaliers refont surface. En 2008, la chancellerie péruvienne a déposé une demande à la Cour internationale de justice de La Haye au sujet de sa frontière maritime avec le Chili. Dans le même temps, les frontières sont des lieux d’intégration : les corridors continentaux définis par l’IIRSA prennent progressivement corps grâce aux soutiens d’organismes de financements tels que la banque interaméricaine de développement (BID) ou la Corporation andine de développement (CAF). Les unions régionales (l'Union des nations sud-américaines - UNASUR -, le MERCOSUR, l’URUPABOL, etc.) sont des lieux de dialogue où s’inventent des projets ambitieux de coopération.



Cette ambivalence des frontières, à la fois fronts et ponts, n’est qu’un paradoxe apparent. Parce que son ouverture n’a jamais été aussi réelle, que ces mutations entraînent des craintes et des réactions de repli dans des pays qui, pour être en passe de fêter le bicentenaire de leur indépendance ont toujours besoin d'elle pour définir leur nation, la frontière devient un lieu de possible et d’intégration.