Le gouvernement mondial des catastrophes « naturelles »

Par Sandrine REVET
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Sandrine REVET, "Le gouvernement mondial des catastrophes « naturelles »", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 19/04/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part3/le-gouvernement-mondial-des-catastrophes-naturelles

Dans la mesure où le CAH n’est pas contraignant mais volontaire, différents outils sont mis en place afin d’inciter les gouvernements nationaux à contribuer à l’effort. Des rapports sur les progrès réalisés sont mis en commun, et plusieurs indicateurs sont créés et collectés à l’aide du CAH Monitor. Ces outils font entrer les pays, les régions ou les villes dans une dynamique de compétition et d’accès aux ressources (financements conditionnés) dans laquelle la RRC doit être prise en compte. Ainsi, nombre de projets appuyés par l’ISDR dans le cadre du CAH contribuent à mesurer, quantifier et rendre compte des actions mises en place pour la réduction des risques.

C’est en 2013 que l’après-CAH commence à être discuté à Genève, lors de la quatrième session de la Plateforme mondiale pour la réduction des risques de catastrophe. Le rapport mondial produit pour cette occasion – intitulé « Du partage des risques au partage des valeurs : Étude de viabilité de la réduction des risques de catastrophe » (UNISDR 2013) – insistait sur le fait que des progrès significatifs avaient été réalisés dans la prise en compte de la question des risques de catastrophes par de nombreux acteurs. Dans le domaine de la prévision, de l’alerte et des secours notamment, ces progrès se traduisent désormais par une certaine stabilisation du nombre de victimes. Certains événements de grande ampleur se produisant dans des pays particulièrement vulnérables –socialement, politiquement, économiquement – tels que le séisme d’Haïti en 2010, le cyclone Nargis en Birmanie en 2008 ou le typhon Haiyan aux Philippines en 2013 sont cependant susceptibles de contredire ce constat en provoquant un nombre de victimes très élevé. Par ailleurs, le rapport se félicitait du fait que cent vingt-et-un pays s’étaient alors engagés dans une législation qui prenne en compte la RRC et que cinquante-six pays enregistrent désormais de façon systématique les pertes occasionnées par les catastrophes (UNISDR 2013).

 

Pourtant, le bilan est loin d’être positif dans son ensemble. D’une part, le coût des catastrophes ne cesse de croître et inquiète de nombreux acteurs, publics comme privés. Les pays hautement technologisés, urbanisés, développés et dont les biens sont généralement assurés tels que le Japon, les Etats-Unis ou certains pays d’Europe, ont été récemment touchés par d’importantes catastrophes, contribuant à augmenter ce coût. Pour les compagnies d’assurances et les réassureurs tels que Munich-Re ou Swiss Re, cette tendance est source d’inquiétude.

D’autre part, la plupart des progrès réalisés le sont encore dans les domaines de la prévision, de la préparation et du secours, alors que le cadrage en termes de vulnérabilité sociale ou humaine opéré depuis plusieurs années engagerait des questions plus profondes de développement, de répartition des ressources, de développement urbain, de gestion des déchets, d’eau, de croissance économique ou d’autres facteurs qui sont indissociables des impacts des catastrophes. Pourtant, le champ de la RRC s’étant constitué comme un domaine à part, les interactions avec ces problématiques plus larges sont peu visibles et restent timides.