Le gouvernement mondial des catastrophes « naturelles »

Par Sandrine REVET
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Sandrine REVET, "Le gouvernement mondial des catastrophes « naturelles »", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 20/04/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part3/le-gouvernement-mondial-des-catastrophes-naturelles

C’est en mars 2015 à Sendai au Japon que se tiendra la conférence internationale au cours de laquelle le CAH2 devrait être négocié. La date est importante puisqu’elle correspond également à la fin des Objectifs du millénaire pour le développement, à la 21e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique ainsi qu’à l’éventuelle mise en œuvre de nouveaux objectifs de développement durable. Cette coïncidence des agendas n’est pas négligeable. En effet, pour de nombreux acteurs impliqués dans la RRC depuis la perspective sociale, la seule façon de ne pas répéter indéfiniment les erreurs passées et de faire avancer le CAH est de changer profondément de manière de penser les risques de catastrophe en les considérant non pas comme des événements ponctuels et exogènes dont il s’agirait de réduire les impacts, mais de les lire au contraire comme des indicateurs d’un développement non durable. Dans cette optique, le fait même qu’une catastrophe frappe et produise des dommages doit être pris comme l’une des manifestations d’un développement mal géré. Et la gestion des risques devient, dans cette perspective, une pratique de développement durable. Certains acteurs fortement impliqués dans le gouvernement international des catastrophes avancent donc l’idée qu’il n’est plus possible de parler de réduction des risques de catastrophes car cela implique encore une trop grande focalisation sur les phases d’urgence et de préparation (Lavell et Maskrey 2014). Ils reprochent à la RRC de reposer encore sur l’idée de risques exogènes à la société et sur une organisation basée sur des acteurs spécialisés dans ce seul domaine. Ils proposent d’entrer avec le CAH2 dans un autre paradigme, celui de la « gestion du risque de catastrophe » (Disaster Risk Management) qui devrait permettre de désectorialiser la thématique et de la faire entrer à tous les niveaux de la gestion publique et privée des territoires. Ce changement de cadrage, s’il parvenait à s’imposer en 2015 impliquerait dès lors une transformation profonde non seulement des politiques nationales et internationales mises en place pour affronter les risques et les catastrophes, mais également des institutions qui se sont créées depuis vingt ans. Il s’agit d’une importante remise en question de la tentative de gouvernement mondial des catastrophes qui a émergé au cours des dernières décennies. Il se peut que ce changement de paradigme provoque certaines réticences à Sendaï.