Le gouvernement mondial des catastrophes « naturelles »

Par Sandrine REVET
Comment citer cet article
Sandrine REVET, "Le gouvernement mondial des catastrophes « naturelles »", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 21/08/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part3/le-gouvernement-mondial-des-catastrophes-naturelles


New York, décembre 1989. L’Assemblée générale des Nations unies adopte la résolution 44/236 qui proclame l’ouverture d’une Décennie internationale de prévention des catastrophes naturelles (DIPCN). Le vote est unanime : 156 Etats sur 162 votent en faveur de cette résolution. De Frank Press, géophysicien américain président de la National Academy of Sciences qui avait évoqué pour la première fois cette idée en 1984 à Abderrahim Ben Moussa, le représentant du Maroc qui a porté la proposition devant l’Assemblée générale, tous les acteurs ayant contribué à cette initiative se félicitent. Cette résolution constitue l’aboutissement d’un long travail diplomatique, scientifique et de lobbying international et marque en même temps le début d’un lent processus d’institutionnalisation qui verra sa formalisation dans les années 2000 à travers la création de l’organe des Nations unies en charge de la Stratégie internationale de prévention des catastrophes (UNISDR), qui œuvre pour la réduction des risques de catastrophes (RRC).

En 1989, la Décennie se donne pour mission « de réduire par une action internationale concertée, en particulier dans les pays en développement, les pertes en vies humaines, les dégâts matériels et les perturbations sociales et économiques que causent [les] catastrophes naturelles » (Résolution 44/236, décembre 1989). Les cinq objectifs énoncés dans la résolution sont : aider les pays à se doter de systèmes d’alertes et de structures résistant aux catastrophes, appliquer les connaissances scientifiques et techniques, encourager les initiatives scientifiques et techniques, diffuser des informations sur les techniques courantes et nouvelles, et enfin mettre au point des mesures pour évaluer, prévoir et prévenir les catastrophes au moyen de programmes d’assistance techniques et de transfert de technologie, de projets de démonstration et d’activités éducatives. Si dans le texte de la résolution et durant les premières années de la DIPCN, c’est une vision centrée sur les phénomènes naturels eux-mêmes et sur des solutions scientifiques et technologiques qui prévaut dans le cadrage des initiatives internationales, plusieurs tournants marquent ce processus au cours de ces vingt-cinq années. Un premier tournant est pris dès 1994 lors de la conférence de Yokohama pour introduire une perspective plus sociale des catastrophes dites « naturelles ». Avec les années 2000, la Décennie est transformée en stratégie internationale et cherche à s’équiper d’un cadre conceptuel et théorique adéquat. Elle passe de la simple plateforme onusienne à un « système de partenariat » impliquant les gouvernements nationaux et locaux ainsi que les partenaires privés et le monde des ONG. A la suite du tsunami en Asie du Sud-Est en décembre 2004 et du fait de l’importance prise par les questions climatiques depuis les années 2000, l’année 2005 est marquée à la fois par l’accord international autour du Cadre d’action de Hyogo (CAH) sur lequel s’engagent cent soixante-huit Etats pour dix ans et par un retour vers les solutions technologiques. Finalement, 2015, année de la prochaine grande conférence internationale qui devra permettre une évaluation du CAH et son prolongement éventuel, permettra de faire émerger les nouvelles questions que la gestion des catastrophes dites « naturelles » pose aujourd’hui.