Le gouvernement mondial des catastrophes « naturelles »

Par Sandrine REVET
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Sandrine REVET, "Le gouvernement mondial des catastrophes « naturelles »", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 16/10/2018, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part3/le-gouvernement-mondial-des-catastrophes-naturelles

Du fait de la forte implication de certains scientifiques – issus principalement de la géophysique, de la sismologie ou de l’ingénierie sismique – dans les comités de préparation de la Décennie, les premières années font la part belle aux mesures de réduction de la vulnérabilité physique : renforcement du bâti, connaissances en résistance des matériaux, participation à des congrès sur l’urbain, sont autant d’activités menées alors et qui témoignent de ce cadrage. Les recherches qui permettent d’améliorer la prévision des aléas, et notamment les séismes et les éruptions volcaniques sont aussi très encouragées, permettant aux scientifiques engagés dans la Décennie de financer leurs recherches et d’accroître le prestige de leurs recherches (Cabane et Revet 2015 ; Hannigan 2012). Quand se tient la première conférence internationale sur la réduction des catastrophes naturelles, à Yokohama en mai 1994, il est l’heure de procéder à un premier bilan des activités de la Décennie. Nombreux sont les participants à en faire le compte rendu à leur retour du Japon, à l’image de Ian Davis et Mary Myers, deux chercheurs en sciences sociales activement impliqués dans la recherche sur les catastrophes qui publient leurs « observations » dans la revue Disasters (Davis et Myers 1994). Ils y expliquent tout d’abord que de nombreux participants à la conférence ont reconnu que les résultats des premières années de la Décennie étaient assez faibles ; ils insistent également sur la prépondérance du cadrage scientifique et technologique, malgré la présence remarquée de voix dissonantes, notamment lors d’une session organisée par la Croix-Rouge et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) sur les « communautés vulnérables » où il fut largement question des systèmes d’alerte traditionnels ou des stratégies locales et familiales mises en œuvre par les habitants pour affronter les risques. Pourtant, Yokohama marque un tournant dans la mesure où c’est véritablement à partir de cette date que la problématique de la vulnérabilité sociale acquiert du poids au sein de l’arène internationale. Le paradigme de la RRC est alors en gestation et se développe dans la seconde moitié de la Décennie.