Construire l’histoire environnementale. (Se) raconter d’autres histoires

Par Grégory QUENET
Comment citer cet article
Grégory QUENET, "Construire l’histoire environnementale. (Se) raconter d’autres histoires", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 23/04/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part1/construire-l-histoire-environnementale-se-raconter-d-autres-histoires


L’élaboration de nouveaux types de dispositifs donnant à voir dans le même espace des changements environnementaux globaux et des changements sociaux situés constitue l’un des enjeux majeurs de notre siècle et de l’articulation entre environnement et relations internationales. Ce travail ne peut se faire sans un investissement des humanités, et les historiens peuvent y contribuer à leur manière, en racontant d’autres histoires susceptibles de rendre compte de la pluralité des temps mis en œuvre par les changements environnementaux et sociaux, et ainsi donner sens aux transformations profondes dans lesquelles nos sociétés sont engagées. S’il existe toujours une infinité de récits possibles pour un même lieu, un même événement, un même personnage, les choix à faire sont encore plus radicaux dès que l’on introduit la base matérielle avec laquelle les sociétés doivent composer (Cronon 1992). D’abord, parce qu’on peut choisir de ne pas la traiter pour elle-même et considérer qu’elle ne vaut qu’une fois identifiée, inventoriée, classifiée et manipulée par les hommes, bref une fois transformée en question environnementale (Ingold 2011). Ensuite, parce que même si l’on décide de lui reconnaître des dynamiques et une capacité d’engendrement propre, cette base matérielle n’est jamais saisie directement mais toujours par l’intermédiaire de dispositifs techniques, scientifiques, administratifs, juridiques et culturels qui se sont condensés historiquement à l’intérieur de cadres nationaux (White 1999). Enfin, les échelles engagées par les contraintes organiques et environnementales favorisent les méta-récits, qui développent des trajectoires linéaires sur la longue durée, souvent dominées par des figures déclinistes (Davis 2007).