Les flux migratoires légaux et illégaux

Par Catherine de Wenden
Comment citer cet article
Catherine de Wenden, "Les flux migratoires légaux et illégaux", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne], consulté le 27/06/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/content/part4/les-flux-migratoires-legaux-et-illegaux

Plan de l'article:

On compte d’après les Nations unies aujourd’hui 214 millions de migrants internationaux, soit 3% de la population de la planète. La mondialisation des flux migratoires s’installe désormais dans le paysage mondial avec une régionalisation des destinations de plus en plus marquée  autour de plusieurs espaces migratoires de départ et d’accueil. À l’interdiction de sortie des frontières d’une partie du monde (communiste et, plus largement les régimes autoritaires) a succédé l’interdiction ou la difficulté d’entrer dans d'autres pays. Cette nouvelle donne, ajoutée à d’autres enjeux tels que les crises politiques des années 1990, le réchauffement climatique, l’évolution démographique, a conduit au brouillage des frontières puisque beaucoup de pays de départ sont devenus des pays d’accueil et de transit et les catégorisations de la migration se sont faites de plus en plus floues entre les migrations de travail et d’asile ou entre les salariés et les familles.

La mobilité fait aujourd’hui partie des aspirations individuelles dans une fraction de plus en plus importante de la population de la planète, désormais en mouvement. Dans le même temps, l’obsession des frontières, selon le terme de Michel Foucher, s’est durcie, avec l’inclusion progressive des migrations comme objet de sécurité interne et internationale. Elle a conduit, depuis le milieu des années 1980, à des politiques d’endiguement des flux migratoires sur des espaces de plus en larges, incluant les pays de départ et de transit dans le rôle de garde-frontières qui leur est assigné par nombre de pays d’arrivée. Des camps se sont érigés ici et là, des instruments de contrôle des frontières ont été inventés, renforcés et sophistiqués, des murs ont été construits le long des lignes de fracture du monde les plus empruntées.

La frontière est devenue une ressource, d’autant plus que son franchissement légal n’est réservé qu’à un tiers de la population du monde, les deux tiers étant soumis à des visas et fait l’objet d’une économie florissante. La frontière s'est déplacée et est passée de la géographie au droit, entre les légaux et les illégaux, plus encore qu’entre les nationaux et les étrangers et devient alors un enjeu central des relations internationales. Son franchissement vient défier la capacité des États à en maîtriser le contrôle et active des réseaux transnationaux qui facilitent le passage, inscrivant les populations concernées dans un entre-deux aux multiples facettes : développement de la double nationalité, installation dans la mobilité comme mode de vie, mariages mixtes, espaces diasporiques transnationaux, économiques et culturels. On examinera ici la pertinence de la frontière pour la distinction entre les flux migratoires et illégaux, qu’elle contribue à traiter distinctement, conduisant à des pratiques très différenciées de son franchissement selon cette catégorisation juridique.