Pour une approche discursive des politiques publiques environnementales

Par Alice BAILLAT
Comment citer cet article
Alice BAILLAT, "Pour une approche discursive des politiques publiques environnementales", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 22/11/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part4/pour-une-approche-discursive-des-politiques-publiques-environnementales

Si l’écologie politique ne peut pas être considérée comme une approche véritablement discursive des politiques environnementales, elle s’intéresse néanmoins aux discours politiques sur l’environnement, de par son postulat initial. Elle voit en effet les phénomènes environnementaux comme des objets socialement construits et devenus problématiques uniquement au regard des circonstances scientifiques, politiques, économiques et sociales qui transforment les représentations de l’environnement. L’origine de cette approche interdisciplinaire, née aux Etats-Unis, remonte aux travaux fondateurs de Piers Blaikie et Michael Watts dans les années 1980. Elle s’attache à comprendre les relations entre l’environnement et la société en centrant l’analyse sur trois facteurs : les intérêts économiques, les changements écologiques et les luttes politiques. S’appuyant sur l’étude des relations de pouvoir entre les acteurs évoluant dans le domaine de l’environnement et de la gestion des ressources naturelles, l’écologie politique procède notamment d’une analyse des discours et des récits qui fondent les débats politiques dominants sur ces questions. Elle s’attache en particulier à confronter les discours aux faits, interrogeant les vérités environnementales scientifiquement établies, ainsi que les arguments sur lesquels sont établies les politiques publiques environnementales (Gautier et Benjaminsen 2012). Les auteurs se revendiquant de cette approche, par ailleurs souvent engagés politiquement, décortiquent les différents discours environnementaux afin de dévoiler les stratégies politiques des principales parties prenantes (gouvernements, multinationales, environnementalistes, etc.).

L’un des apports importants de ce courant est notamment son approche multiscalaire des discours et des pratiques en lien avec les questions environnementales. En articulant les discours locaux et globaux, et en les confrontant aux réalités locales, les géographes Adger, Benjaminsen, Brown et Svarstad montrent comment les discours environnementaux sont souvent déconnectés de ces particularismes locaux, car empreints de représentations erronées et pourtant largement partagées à l’échelle internationale (Adger et al. 2001).

Adger et ses collègues concentrent leur attention sur les discours environnementaux portant sur quatre grands enjeux : la déforestation, la désertification, la gestion et la préservation de la biodiversité, et le changement climatique. Pour mener à bien leur étude discursive, ils procèdent en trois temps : l’analyse des occurrences pour repérer les discours dominants, l’analyse des acteurs produisant, reproduisant et transformant ces discours, et les implications sociales et politiques de ces discours. Tout en soulignant l’existence de discours alternatifs et minoritaires, ces auteurs identifient in fine deux grands discours dominants et en compétition. Le premier discours, qu’ils nomment « gestion globale de l’environnement » (« global environmental management ») est principalement tenu par des organisations internationales et des gouvernements et véhicule une vision technocratique. Il promeut des solutions politiques imposées de l’extérieur aux acteurs locaux et supposées résoudre la crise environnementale globale. S’oppose à cela un « discours populiste » (« populist discourse »), porté cette fois par les organisations non gouvernementales et certains Etats ou groupes d’intérêts, notamment présents dans les pays en développement. Ce dernier dénonce l’approche managériale et technocratique des politiques environnementales actuelles, suggérant que les populations locales sont victimes de ces interventions extérieures qui accentueraient, plutôt que ne viendraient résoudre les dégradations environnementales et les formes d’exploitation locales. Si le discours technocratique l’emporte souvent sur le second, ces auteurs montrent aussi comment, dans certains cas, ils convergent, notamment autour de l’idée d’un changement irréversible et dramatique du climat menaçant l’ensemble de la planète. Tout en proposant une typologie des discours environnementaux, ces auteurs démontrent également l’intérêt d’analyser ces derniers pour mieux comprendre la façon dont les questions de gestion de l’environnement et du développement sont abordées au sein des grandes institutions internationales et des gouvernements en charge de développer et de financer les politiques environnementales.