Gouvernance environnementale régionale

Par Jon Marco CHURCH
Comment citer cet article
Jon Marco CHURCH, "Gouvernance environnementale régionale", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 19/09/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part3/gouvernance-environnementale-regionale

De nombreuses approches et cadres conceptuels ont été mobilisés pour analyser la gouvernance environnementale régionale. Ils peuvent être classés en trois catégories : les approches épistémiques ou centrées sur la connaissance, les approches sociologiques et les approches orientées vers la gestion (Elliott 2012). Les premières s’intéressent aux modalités de connaissance et donc aux processus d’appropriation de ces territoires, notamment par les savants (Raffestin 1986). Elles présupposent une certaine maîtrise – souvent en termes de connaissance scientifique – des dynamiques propres à une écorégion. Une fois acquise, celle-ci permettrait de faire émerger des solutions en matière de gouvernance. Cette approche se caractérise donc par la correspondance entre le cadre et les limites des connaissances disponibles et le cadre et les limites de cette gouvernance. Dans notre cas, il s’agit de s’interroger sur le type d’interaction qu’il y a entre ces dynamiques écorégionales et les connaissances et la gouvernance qui les entourent. Par exemple, comment des connaissances sur le changement climatique acquises au niveau mondial sont-elles utilisées à l’échelle d’un territoire spécifique comme la Méditerranée ou encore comment la Convention alpine interagit-elle avec l’Union européenne ? De plus, il est difficile de caractériser ces interactions en raison de l’imprécision et de la fluctuation du périmètre des écorégions et des problématiques environnementales en général. Les conditions du passage d’un niveau (local, national, mondial) à l’autre et d’une échelle (spatiale, temporelle, administrative, etc.) à l’autre est donc un élément fondamental pour comprendre tout processus de gouvernance environnementale régionale (Young 2002 ; Fourny 2013 ; Debarbieux 2012 ; Cash et al. 2006).

Les approches sociologiques proposent des outils théoriques, qui prennent souvent la forme d’analogies, pour mieux comprendre l’émergence et la persistance de la gouvernance environnementale régionale en tant que norme. La plus connue est certainement celle du champ bourdieusien (Bourdieu 1994 ; Fligstein et McAdam 2012). Le champ de la gouvernance environnementale régionale serait doté d’un certain nombre d’attributs comme par exemple une relative autonomie par rapport à d’autres champs, des limites poreuses ou encore des agents capables de se détacher des intérêts externes, d’être reconnus par leurs paires, de se distinguer en tant que professionnels, d’accepter ce qui est en jeu et de jouer selon les règles internes au champ. C’est en étudiant ces attributs et le positionnement des agents dans le champ, qui résulteraient de trajectoires historiques, que l’on peut comprendre les dynamiques propres à la gouvernance environnementale régionale. Or, dans une perspective bourdieusienne, l’enjeu porte toujours sur des valeurs symboliques et donc indépendantes de l’existence réelle des problématiques environnementales. Intégrer des facteurs matériels dans une approche sociologique de la gouvernance environnementale régionale nécessiterait de croiser la notion de champ avec la théorie de l’acteur-réseau, qui considère les objets inanimés (des arbres aux ordinateurs) comme acteurs d’un réseau, concept finalement très proche de celui de champ (Latour 2005).

Enfin, les approches orientées vers la gestion se distinguent par leur objet : certaines portent sur l’efficacité de la gouvernance environnementale régionale, c’est-à-dire la capacité des mécanismes étudiés à atteindre leurs propres objectifs, indépendamment de la nature de ces derniers. Cela se traduit souvent par une série de variables descriptives de ces processus et de leurs contextes, qui sont en cours de normalisation. De grandes bases de données relatives aux accords environnementaux multilatéraux ont été créées et sont exploitées statistiquement dans le but d’établir des corrélations significatives (Breitmeier et al. 2011 ; Balsiger et Prys 2014). D’autres approches s’intéressent à la durabilité des systèmes couplés homme-environnement et donc à la capacité d’assurer une gestion des ressources naturelles en tant qu’éléments nécessaires à la vie, ainsi qu’une gouvernance des sociétés humaines qui permette à la fois de préserver les ressources naturelles et de garantir le développement humain. L’objectif principal est ici d’identifier les conditions d’un développement durable des systèmes couplés homme-environnement, et donc d’élaborer un cadre général qui intègre les propriétés des systèmes de ressources, des ressources en question, des systèmes de gouvernance et des citoyens-usagers de ces ressources territoriales (Ostrom 2009 ; Church 2015). Compte tenu de la diversité de ces facteurs, l’analyse intégrée des régions environnementales du point de vue de leur durabilité et sa normalisation impose une approche pluridisciplinaire reposant sur une théorie fondamentale des systèmes couplés homme-environnement et intégrant les connaissances de la pratique (Clark 2007).