Gouvernance environnementale régionale

Par Jon Marco CHURCH
Comment citer cet article
Jon Marco CHURCH, "Gouvernance environnementale régionale", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 19/09/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part3/gouvernance-environnementale-regionale

Selon Kenneth Conca (2012), le niveau régional serait l’échelle la plus pertinente pour la gestion des ressources communes et la diffusion des normes. Il avance que la gouvernance environnementale régionale pourrait réussir là où les efforts au niveau mondial ont échoué, et que ces réussites au niveau régional pourraient constituer des étapes vers une gouvernance environnementale mondiale. Mais de quoi s’agit-il exactement ? De quelle région est-il question ? De quel environnement ? De quelle gouvernance ? Chacun de ces termes nécessite d’être précisé.

Il faut tout d’abord distinguer deux « régions » idéaltypiques : les régions institutionnelles ou constitutionnelles d’un côté et les régions sectorielles ou fonctionnelles de l’autre (Debarbieux et al. 2013). Les régions institutionnelles correspondent à la fois à des subdivisions administratives des Etats – les régions infranationales telles que les régions françaises – et à des Etats appartenant à la même zone géographique, à savoir les régions internationales telles que l’Europe. Ce premier idéaltype de régions repose sur une vision emboîtée ou hiérarchique de l’espace, où chaque niveau administratif est complètement englobé dans le niveau supérieur, est parfaitement adjacent aux autres administrations du même niveau et contient la totalité des niveaux inférieurs. Les régions sectorielles se structurent quant à elle selon les dynamiques de chaque secteur d’activité. Par exemple, la région ou l’aire d’influence économique d’une grande ville s’étend souvent bien au-delà de ses limites administratives. Les régions environnementales, également appelées écorégions, biorégions ou encore provinces biogéographiques, renvoient pour leur part à des espaces naturels tels que le bassin versant d’un fleuve, une mer ou encore un massif. Ce deuxième idéaltype de régions correspond donc à une vision hétérarchique et polycentrique de l’espace, où chaque élément peut chevaucher d’autres espaces, ne correspond exactement à aucun autre élément et dont le périmètre est souvent flou et changeant (Balsiger 2012). Les dynamiques propres à la gouvernance environnementale régionale changent selon le type de régions impliquées, sachant que la typologie proposée est limitée à deux idéaltypes alors que les deux aspects – hiérarchique et hétérarchique – coexistent toujours dans la réalité.

Qu’entend-t-on par « environnement » ? La géologie, la biologie et les autres sciences naturelles renvoient chacune à des subdivisions distinctes de l’environnement. Chacune de ces subdivisions – qui ne correspondent normalement pas aux subdivisions administratives, mais qui figurent souvent parmi les facteurs considérés lors de la définition de ces dernières – peut être l’objet d’une gouvernance régionale spécifique, que nous pouvons appeler « subsectorielle » ou monothématique : une zone caractérisée par un type de roche particulier, une autre présentant une espèce rare, etc. L’identification d’unités environnementales cohérentes pour recomposer ces subdivisions procède souvent d’une prise en compte simultanée des facteurs biophysiques, comme les sols et les espèces, et géographiques, y compris les facteurs humains (Udvardy 1975 ; Turner et al. 1993). On identifie ainsi des écorégions, des grands écosystèmes et des systèmes couplés homme-environnement qui correspondent normalement à un élément géographique (un bassin fluvial, une mer, un lac, une vallée, un massif ou encore une forêt ou un récif). Ces unités sont l’objet de la gouvernance environnementale régionale proprement dite et sont censées favoriser des approches plus intégrées (Balsiger et VanDeveer 2010). Or, ces unités restent des subdivisions imparfaites. Elles se chevauchent et sont souvent imbriquées les unes dans les autres, comme dans les cas du massif des Alpes et du bassin du Rhône, et ont des logiques parfois divergentes. Leur gouvernance s’en trouve à la fois fragmentée et redondante. Le concept de développement durable pousse à la recherche d’approches nouvelles et plurielles, capables d’arbitrer ces différents défis (Mancebo 2009). Dans cette perspective, l’émergence d’une nouvelle science de la durabilité pourrait permettre de dépasser une conception encore très partielle des écorégions et de poser les bases d’une approche plus holistique des relations homme-environnement (Clark 2007).

De quelle « gouvernance » s’agit-il ? Dans la plupart des processus de gouvernance environnementale régionale, les Etats sont les acteurs dominants. La gouvernance environnementale régionale est fondamentalement le résultat non seulement de leurs rapports de force et d’interdépendance, mais aussi des visions politiques et des capacités institutionnelles qui leur sont propres. Cependant, elle est souvent ouverte à la participation, voire même à l’influence de plusieurs autres types d’acteurs, notamment les organisations internationales et les ONG écologistes. Certains processus peuvent même être guidés par ces dernières sur de longues périodes, comme dans le cas de la Commission internationale pour la protection des Alpes (CIPRA) créée en 1952. Par ailleurs, la dimension identitaire est un élément important de la gouvernance environnementale régionale. Des individus et des groupes peuvent s’identifier à une région environnementale comme la Méditerranée ou les Pyrénées, ce qui selon certains conduirait à des pratiques vertueuses en matière d’environnement (Debarbieux 2009, Elliott 2012). Depuis la fin du XIXe siècle, certains militent même pour la redéfinition des subdivisions administratives en fonction des régions environnementales.

Lorsque certains s’approprient une idée, comme celle qui consiste à calquer les subdivisions administratives sur les régions environnementales, pour remanier les structures existantes, le concept d’écorégion devient « écorégionalisme », c’est-à-dire une idéologie (Church 2010). L’écorégionalisme est souvent opposé au concept d’« écorégionalisation » qui désigne le processus d’émergence et de diffusion d’une organisation écorégionale de l’espace (Balsiger et VanDeveer 2010). Ces deux concepts présupposent que les acteurs concernés croient en l’existence physique du phénomène environnemental en question ainsi qu’en l’existence réelle d’un rapport de cause à effet entre la dimension environnementale et la dimension socio-économique, ce qui renvoie à une sorte de « néodéterminisme environnemental » (Debarbieux 2012).