Réalité multiscalaire et articulations multiniveaux dans la gouvernance environnementale globale

Par Daniel COMPAGNON
Comment citer cet article
Daniel COMPAGNON, "Réalité multiscalaire et articulations multiniveaux dans la gouvernance environnementale globale", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 28/03/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part1/realite-multiscalaire-et-articulations-multiniveaux-dans-la-gouvernance-environnementale-glo

Plan de l'article:


Chacun peut intuitivement sentir que les problèmes environnementaux se posent simultanément à différents niveaux : de celui du ruisseau pollué au bout de mon jardin à celui du « trou » dans la couche d’ozone au dessus de l’Antarctique ; du marais avoisinant sacrifié, avec sa flore et sa faune remarquables, à la construction d’une autoroute supplémentaire, jusqu’à la disparition accélérée de milliers d’espèces qualifiée de sixième extinction de la biodiversité, enjeu global s’il en est. Mais c’est aussi un problème national, les Etats ayant, de longue date, revendiqué la souveraineté sur leurs ressources naturelles (notamment dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique adoptée en 1992), et donc le droit d’en user librement. Les effets d’échelle sont consubstantiels à l’idée même d’un environnement naturel planétaire pensé comme une biosphère et ils ont un impact majeur sur la gouvernance globale de ces enjeux.

Pourtant, la réflexion théorique sur les échelles demeure insuffisante, en particulier en science politique. Souvent perçues comme un donné objectif intangible, les échelles spatiales et politiques sont mobilisées de façon a-critique. En particulier, les niveaux de décision politique sont analysés comme s’ils étaient indépendants les uns des autres. Certes, l’approche de la « gouvernance multiniveaux », forgée pour analyser le fonctionnement du système décisionnel de l’Union européenne (UE), est définie comme un « système de négociation continu entre dispositifs de gouvernement ancrés aux différents niveaux territoriaux – supranational, national régional et local » (Hooghe et Marks 2003 : 233). En pratique toutefois, ce type d’analyse se limite souvent aux interactions institutionnelles formelles et ne semble guère pertinent hors Europe.

Les enjeux environnementaux sont par nature transversaux à plusieurs types d’échelles et niveaux d’échelle et les autorités politiques en charge de les traiter, en particulier les gouvernements des Etats, ne sont pas toujours les mieux placées pour intervenir. Cela est vrai pour des enjeux globaux comme le climat, la couche d’ozone et la biodiversité, où la décision devrait être coordonnée à l’échelle planétaire, mais ça l’est également pour la mise en œuvre de politiques de conservation, où la dimension locale est déterminante. Ces questions ont suscité un intérêt croissant dans la littérature sur la gouvernance environnementale globale, en science politique (Andonova et Mitchell 2010) mais aussi dans les autres sciences sociales et au-delà (Padt et al. 2014). Nous nous intéresserons tout d’abord à la portée de la notion d’échelle en sciences sociales, avant d’en présenter rapidement les enjeux et défis pour la gouvernance environnementale.