Défi pour la démocratie et changements environnementaux globaux

Par Dominique BOURG
Comment citer cet article
Dominique BOURG, "Défi pour la démocratie et changements environnementaux globaux ", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 23/04/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part3/defi-pour-la-democratie-et-changements-environnementaux-globaux


Les difficultés que connaissent les démocraties représentatives occidentales sont tout aussi sévères que multiples. Le mouvement de néolibéralisation du monde qui a consisté à concevoir les Etats comme de simples agents économiques a puissamment contribué à éroder la confiance des citoyens en leurs institutions nationales et territoriales. Et pourtant cet amoncellement de difficultés et de crises n’a pas affaibli l’idéal démocratique. L’adoption par la Tunisie, en janvier 2014, d’une Constitution relativisant le facteur islamique (consécration de la liberté de pensée et de croyance, de l’égalité entre les sexes, etc.), tout comme le rejet par l’Ukraine de la dictature de Ianoukovitch le mois suivant, en sont des preuves éclatantes. Or, les difficultés que posent les problèmes d’environnement globaux aux démocraties sont d’une tout autre nature et échappent à toute idée de crise. Le propre d’une crise est en effet d’être un moment de rupture entre normalité et retour à la normale. La modification en cours de l’environnement terrestre est en revanche un mouvement irréversible, au long cours, excluant tout retour à la normale. L’actuel changement climatique nous engage sur des millénaires, l’érosion accélérée de la diversité génétique sur des millions d’années, nous ne consommerons plus les ressources que nous avons consumées, etc. Affronter de tels défis exigerait que nous sachions nous projeter dans le long terme, au moment même où l’essor de nos technologies numériques nous plonge dans une instantanéité et une horizontalité impérieuses. Les élites comme la population persistent à considérer que nous rencontrons des problèmes de pollution et que nous sommes confrontés à des risques. Nous verrons au contraire que les pollutions, si importantes soient-elles, ne constituent qu’un aspect réduit des difficultés écologiques et que nous sommes confrontés à des menaces et non à des risques. Les risques concernent des dommages potentiels, circonscrits dans le temps et l’espace, compensables pécuniairement, qu’il convient de gérer. Les menaces en question concernent la viabilité au long cours de la biosphère et il est au mieux possible de s’en prémunir ; les compensations pécuniaires n’ont plus aucun sens. Les difficultés écologiques constituent ainsi un immense défi pour nos démocraties. Nous ne pouvons probablement pas encore nous forger l’idée du type de démocratie qui découlera de la confrontation au long cours à ces difficultés inédites.

Nous nous attacherons ici à mettre en lumière notre incapacité à nous représenter moralement, puis politiquement, les problèmes environnementaux globaux, ce sans quoi nous ne saurions comprendre pourquoi il ne cessent de croître. Nous exposerons enfin quelques-unes des voies pour une possible écologisation de la démocratie.