Un « hard power » aux caractéristiques chinoises ?

Par Emmanuel PUIG
Comment citer cet article
Emmanuel PUIG, "Un « hard power » aux caractéristiques chinoises ?", CERISCOPE Puissance, 2013, [en ligne], consulté le 14/11/2018, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/puissance/content/part4/un-hard-power-aux-caracteristiques-chinoises

Une des évolutions les plus tangibles de la puissance chinoise au cours de ces dernières années est sans aucun doute celle de son outil militaire. En l’espace de deux décennies à peine, l’APL a considérablement augmenté le niveau de ses équipements, élargi le spectre de ses capacités et amélioré son potentiel opérationnel.

Aujourd’hui, l’APL est constitué d’environ 2,2 millions d’hommes, parmi lesquels un nombre inconnu de cadres civils en uniforme. L’armée de terre compte environ 1,5 million d’hommes, la marine environ 255 000, l’armée de l’air entre 300 000 et 330 000 et la seconde artillerie (les forces nucléaires) autour de 100 000. A ces effectifs s’ajoutent les 500 000 à 600 000 réservistes dont le nombre croît rapidement du fait de la réduction des effectifs actifs dans certains domaines, ainsi que les 800 000 hommes de la Police armée du peuple (PAP) qui composent la force paramilitaire de maintien de l’ordre intérieur (dont les prérogatives se rapprochent, à titre d’exemple, de celles de la gendarmerie française), mais qui obéissent à une double tutelle : celle de la Commission militaire centrale (CMC) et celle du ministère de la Sécurité publique. Ce ne sont donc pas des forces militaires au sens strict du terme, mais elles joueraient officiellement un rôle d’appui et de soutien en cas de conflit aux frontières ou sur le territoire chinois. Enfin, ce décompte des effectifs ne serait pas complet si l’on ne mentionnait pas les miliciens dont le nombre total doit avoisiner les sept millions. Là encore, il n’existe pas de décompte précis de cette force dont le rôle politique consiste a opérer au plus près des populations dans le cadre de missions de surveillance ou, plus largement, de sécurité publique, à la manière des policiers municipaux. Néanmoins, en tant que premier échelon du personnel politique paramilitaire, les miliciens jouent un rôle logistique non négligeable. Chargés des basses œuvres, ils contribuent activement aux missions de ravitaillement, de secours, de construction ou de déplacement des troupes et du matériel militaire.

Globalement, les effectifs militaires en Chine atteignent aujourd’hui 3,5 millions d’individus (APL et PAP) au maximum, auxquels il faut rajouter, en les distinguant scrupuleusement, les sept millions de miliciens. Rapporté à la population chinoise (1 360 000 000 de personnes), c’est un effectif assez faible qui tend d’ailleurs à baisser encore à mesure que l’APL se professionnalise et que le niveau de qualification de ses effectifs augmente.

Une des caractéristiques distinctives de l’APL est qu’elle demeure sous la tutelle directe du Parti, et non de l’Etat. L’armée n’obéit pas au gouvernement chinois placé sous la tutelle du Premier ministre Li Keqiang et du Conseil d’Etat mais dépend entièrement de la CMC, qui dépend elle-même du comité permanent du bureau politique du Parti politique chinois (PCC). Toutefois, le comité permanent ne possède qu’un rôle d’orientation très général sur la politique de défense. Les affaires militaires, les orientations stratégiques, les programmes de défense et les évolutions doctrinaires sont discutés et entérinés au niveau de la CMC. Le rôle de Xi Jinping est donc absolument central. Il est le commandant en chef des forces armées et le plus haut responsable du comité permanent. D’ailleurs, une de ses premières décisions politiques lors de son accession au pouvoir en novembre 2012 a été d’affirmer sa mainmise sur la CMC en nommant des généraux proches de lui à certains postes-clés. Cette tendance s’est d’ailleurs poursuivie durant l’été 2013 avec la promotion de plusieurs de généraux issus des contingents du sud de la Chine (et notamment de la région de Canton) et proches des réseaux familiaux de Xi. Dans un système où l’allégeance de l’armée au Parti constitue une des clés de voute de la stabilité politique, ce type de promotion par réseaux interpersonnels (guangxi) revêt une importance cruciale pour la pérennité et la légitimité de la hiérarchie.

 La CMC dirige quatre départements généraux : le département général de l’état-major en charge du commandement des troupes, de la supervision des forces nucléaires et des services de renseignement militaire ; le département général de la politique, qui supervise l’ensemble des commissaires politiques (qui constituent les officiers en second, mais souvent avec les mêmes pouvoirs que les officiers) présents le long des chaînes de commandement, veille sur le respect des orientations politiques du PCC au sein de l’armée ; le département général de la logistique, en charge de la gestion et de la supervision des infrastructures de l’APL (des équipements de première utilité à la gestion du patrimoine foncier de l’armée) ; et enfin le département général de l’armement (la traduction littérale chinoise signifie « équipement », mais les autorités chinoises traduisent le terme en anglais par « armament », nous conserverons donc cette traduction par soucis de clarté) qui est en charge de la supervision de la recherche et du développement (R&D) de défense et de la mise en œuvre opérationnelle des nouveaux matériels, systèmes et équipements. Le département général de l’armement (DGA) travail en relation avec les centres de R&D de la défense répartis dans le pays et avec les grands bassins industriels de la défense.