Russie : le syndrome de la puissance

Par Anne de TINGUY
Comment citer cet article
Anne de TINGUY, "Russie : le syndrome de la puissance", CERISCOPE Puissance, 2013, [en ligne], consulté le 25/02/2017, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/puissance/content/part4/russie-le-syndrome-de-la-puissance


La question de la puissance est inscrite dans l’histoire de la Russie. Du XVIe au XXe siècle, l’empire russe a quasiment continûment repoussé ses frontières dans toutes les directions par l’intégration progressive de territoires contigus. L’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), dont la Russie est l’Etat successeur, a été longtemps considérée comme la deuxième puissance mondiale dans un monde qui était bipolaire (1947-1991). La géographie contribue elle aussi à un sentiment de puissance. Dotée du plus grand territoire du monde, la Russie est un Etat-continent qui s’étend de l’Europe jusqu’au Pacifique. Aujourd’hui, elle se positionne résolument aux côtés des grands pays industrialisés et des puissances émergentes comme l’un des grands centres de pouvoir d’un monde multipolaire dont elle s’emploie depuis des années à affirmer l’existence et comme l’un des acteurs de ce qu’elle estime être le basculement de l’ordre mondial en faveur des émergents. Elle est en effet un acteur de poids dans la vie internationale, les événements de l’automne 2013 en Syrie en témoignent. Quelque vingt ans après l’effondrement de l’Union soviétique, elle n’a pourtant plus depuis longtemps l’influence qu’elle avait du temps de la guerre froide. A de nombreuses reprises, elle n’a pas été en mesure de se faire entendre et de peser comme elle le souhaitait sur les processus internationaux. A ce décalage entre son ambition de puissance et les déceptions subies, réelles ou ressenties comme telles, le pouvoir a tenté de répondre. Avec des résultats qui ne sont pas tous à la hauteur de ses attentes.