Le « hard » du « soft » : la matérialité du réseau des réseaux

Par Dominique BOULLIER
Comment citer cet article
Dominique BOULLIER, "Le « hard » du « soft » : la matérialité du réseau des réseaux", CERISCOPE Puissance, 2013, [en ligne], consulté le 14/12/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/puissance/content/part2/le-hard-du-soft-la-materialite-du-reseau-des-reseaux

Les grands nœuds d’Internet, ceux qui attirent le plus de trafic, ont radicalement modifié la structure même du réseau des réseaux au point de faire quasiment disparaître son principe distribué, pourrait-on dire. Les firmes comme Apple, Google, Facebook, Amazon (dites « la bande des quatre ») ont besoin de garantir cet accès permanent et immédiat qu’elles promettent, qui a fait la différence de Google dès son apparition, vitesse qui reste l’obsession de son PDG. Qui dit vitesse dit capacité des serveurs à traiter toutes les requêtes en quelques millisecondes. Leur nombre importe dans ce cas et c’est pour cela que des « fermes de serveurs » sont désormais mises en place par ces grandes firmes. Mais la distance joue aussi un rôle et c’est pourquoi ces serveurs doivent être distribués au plus près des territoires des demandes. La carte des fermes de serveurs de Google donne ainsi une autre vision de la géographie d’Internet et de la répartition de ses usages entre les pays.


Source : Google

Une autre version de cette carte donne d’autres informations.


Source : WebActus

L’apparence de ces fermes de serveurs a tout de l’usine traditionnelle, notamment par ces tours de refroidissement puisque l’eau reste la ressource essentielle pour éviter la surchauffe de toutes ces machines.


La ferme de serveurs de Dublin

Les coûts énergétiques de cette centralisation de toute l’orientation d’Internet sur une seule firme (comme pour les autres grandes firmes) ne doivent pas être oubliés. Ainsi, Greenpeace a publié le mix énergétique de chacun de ces centres pour les grandes firmes du numérique.

Grâce à ces chiffres, il n’est plus possible de s’affranchir de la matérialité de ces technologies de l’immatériel. Car le silicium est certes abondant à la surface de la terre, mais l’électricité reste la condition de fonctionnement de tout le système et doit encore être produite, dans des conditions non soutenables le plus souvent. Le mouvement en faveur du Green IT comporte ce volet d’optimisation des performances environnementales de toutes ces technologies mais l’architecture même du réseau et sa centralisation récente à travers la puissance d’attraction de quelques firmes contribuent à rendre plus difficile le maintien du caractère distribué et économe en énergie qu’on pouvait imaginer pour Internet.

L’estimation de la proximité nécessaire de chacune de ces fermes de serveurs avec un bassin de clientèle est une décision politique contrôlée par ces firmes selon des critères de rentabilité multiples. Dès lors, la proximité peut être toute relative, puisque ces firmes jouent encore sur des économies d’échelle que l’on croyait réservées à l’économie industrielle. Amazon possède ainsi quatre zones de serveurs qui peuvent traiter tous les pays du monde. La carte de cette répartition est intéressante : Californie du Nord (us-west-1), Virginie du Nord (us-east-1), Irlande (eu-west-1) et Singapour (ap-southeast-1).


Source : http://www.turnkeylinux.org