Pauvreté et politique sociale sous la présidence Obama : vers une tentative d'évaluation

Par Taoufik DJEBALI
Comment citer cet article
Taoufik DJEBALI, "Pauvreté et politique sociale sous la présidence Obama : vers une tentative d'évaluation", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 19/05/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part4/pauvrete-et-politique-sociale-sous-la-presidence-obama-vers-une-tentative-devaluation

Depuis la réforme du système d'aide sociale mise en place par Clinton en 1996, la pauvreté n'a fait que des incursions ponctuelles dans le débat politique américain. Seul le candidat à l'investiture du parti démocrate en 2004 et 2008, John Edwards, avait mis l'accent sur la question des pauvres et des laissés-pour-compte. Mais ni Edwards ni son discours ne firent une percée significative dans le débat. La pauvreté, problème qui touchait près de 40 millions d'Américains, a été marginalisée à la fois par les candidats, soucieux de ne pas paraître trop à gauche sur l'échiquier politique, et du fait de problèmes jugés plus graves et plus urgents à traiter.

En 2008, l'étoile montante du Parti démocrate, Barack Obama, a esquivé la question sociale pour se focaliser sur la question économique, la crise financière et l'intervention militaire en Irak et en Afghanistan. Cependant, le peu de références aux pauvres par le candidat démocrate montrait que la question de la pauvreté était intégrée dans un cadre plus large, à savoir celui du budget et de l'emploi.

La réforme de l'aide sociale (Welfare) de 1996 semble avoir relégué le débat sur la pauvreté aux oubliettes. Depuis lors, aucun candidat n'a proposé une réforme structurelle de la politique sociale. Les républicains ont ignoré la question car ils ne pouvaient pas pénaliser davantage les pauvres sans prendre un risque politique considérable. Quant aux démocrates, malgré la crise économique, ils voulaient éviter de s'aliéner les classes moyennes. Ainsi Obama, le favori des sondages pendant la campagne des primaires démocrates, ne faisait que suivre John Edwards sur la question des pauvres. En fin homme politique, il a simplement mis en évidence ses origines modestes et son passé de militant associatif. Il a toutefois suivi Edwards sur l'identification du problème : la concentration de la pauvreté urbaine dans des enclaves géographiquement isolées. Contrairement à Edwards, qui prônait la dispersion spatiale des pauvres pour atténuer la désintégration sociale, Obama soutient l'aménagement des centres urbains très pauvres à l'instar du projet pilote Harlem Children's Zone. Ce programme, initié par Geoffrey Canada, éducateur associatif, a mis en place des programmes de conseils prénataux, d'éducation préscolaire et de soins médicaux gratuits dans des zones d'extrême pauvreté de Harlem. Obama souhaitait reproduire cette expérience dans vingt autres villes américaines. Dans un contexte de marasme économique et financier, le candidat démocrate proposa également un train de mesures qui, dans leur dimension sociale, devaient améliorer la vie des plus démunis (traitement des problèmes de saisie immobilière, du chômage et de la désindustrialisation).

Sans aborder la dimension rhétorique ou politique du programme social d'Obama et sans s’attarder sur son caractère multidimensionnel, il convient d'en tracer les grandes lignes :
1) La santé en était l'une des priorités. Cette question, à laquelle se sont confrontés pratiquement tous les présidents américains depuis Truman sans grand succès, a pris une place importante dans le débat électoral. Cette fois, le candidat démocrate semblait déterminé à mettre en place une assurance médicale publique et universelle.
2) Pour éviter les saisies immobilières qui se sont multipliées à la suite de la crise des subprimes, Obama a défini l'axe de son action dans son discours inaugural. Dans la directe ligne de la politique sociale américaine qui sépare les bénéficiaires méritants des non-méritants, le Président a proposé d'exiger des banques une renégociation des taux d'intérêt dont l'augmentation spectaculaire avait provoqué des défauts de paiement y compris chez les classes moyennes. Les emprunteurs qui n'avaient pas les moyens d'acheter mais qui avaient pris le risque de s'engager dans un achat immobilier coûteux ne pouvaient bénéficier d'un quelconque rééchelonnement de leur dette. Dans le langage politique et juridique américaine, on parle de prêt délinquant (delinquent loan) ou d'emprunteur défaillant (delinquent borrower). Seuls les emprunteurs « responsables » bénéficieraient de l'aide publique.
3) La question du travail est liée à la question de la pauvreté et par conséquent à celle de l'aide sociale. Malgré la présence marginale de la question de la pauvreté dans le programme d'Obama, ce dernier n'a pas manqué de mettre en valeur son soutien à la réforme de l'aide publique de 1996. Cette réforme, controversée, a été appuyée aussi bien par les républicains que par l'aile droite du parti démocrate. Le soutien quasi-unanime dont avait bénéficié cette réforme quelques années plus tard explique la rhétorique d'Obama qui ne manque pas de s'en attribuer le parrainage dans l'État de l'Illinois. En fait, il se vante d'avoir parrainé une loi qui a réduit le nombre de bénéficiaires de l'aide publique de 80 %. En réalité cette loi (Temporary Assistance for Needy Families), co-parrainée par Obama, n'était autre que la version locale de la réforme fédérale de 1996.

De surcroît, Obama avait promis de diminuer la pauvreté de moitié en dix ans. Mais contrairement à ses prédécesseurs, qui défendaient des programmes conservateurs ou progressistes de lutte contre la pauvreté, Obama ne comptait pas lutter directement contre ce fléau mais s'attaquer à ses racines et à ses corollaires : les bas salaires, le surendettement, les impôts, l'enseignement et la santé. En définitive, la pauvreté, selon Obama, serait mieux combattue par les organisations caritatives à caractère religieux. Cette option est conforme à celle choisie par George W. Bush qui avait créé l’Office of Faith-Based Initiatives (OFBI) en 2001.

Loin d'avoir proposé un programme spécifique pour éradiquer la pauvreté, à l'instar de Reagan, (Omnibus Budget and Reconciliation Act), Clinton (Personal Responsibility and Work Opportunity Act) ou Bush (Faith-Based Initiatives), Obama préfère s'attaquer aux problèmes économiques et financiers, jugés plus urgents par les Américains.