Education, pauvreté, inégalités: quelles relations économiques ?

Par Florence ARESTOFF et Jérôme SGARD
Comment citer cet article
Florence ARESTOFF et Jérôme SGARD, "Education, pauvreté, inégalités: quelles relations économiques ? ", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 19/09/2018, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part4/education-pauvrete-inegalites-quelles-relations-economiques

Comme assez souvent, ce type de conclusion peut induire un sentiment de scepticisme, soit sur les résultats de la recherche elle-même, soit sur l’efficacité de l’action publique dans un domaine comme l’éducation. Au-delà de maints problèmes de méthodologie et de comparabilité des données, les éléments réunis ici montrent la réalité des progrès sur ces deux plans mais aussi l'existence de nombreuses déceptions. Il est important de souligner combien la recherche des deux dernières décennies a profondément renouvelé le regard porté sur le lien entre éducation et progrès social. Si les sciences sociales peuvent se justifier par leur seule production, les travaux que nous avons discutés nous semblent toutefois apporter une dimension beaucoup plus puissante qui renvoie à la connaissance critique de la société par elle-même. La réception par la presse et par le débat public des travaux sur les inégalités et la pauvreté nous rappelle régulièrement l'étroitesse du passage entre l'auto-perception et le débat politique dans le sens le plus large. Nulle part dans le monde il n’est anodin de rendre public telle mesure de la pauvreté, des écarts de richesses ou encore des handicaps permanents subis par les personnes discriminées par l’institution scolaire. La disponibilité de telles données est d'ailleurs l’un des meilleurs indices qui soient du caractère démocratique et ouvert des institutions politiques d'un pays.

Cette connaissance de la société par elle-même vaut également en ce qui concerne les politiques publiques : en évaluant leurs effets de manière rigoureuse, on accroît la capacité de la société à se réformer et donc à progresser. Prenons un dernier exemple, il y a quelques années une évaluation des politiques de lutte contre la pauvreté au Maroc a produit un résultat frappant : tous ces programmes manquaient leur cible dans les villes où ils soutenaient la consommation des classes moyennes tandis qu'ils fonctionnaient en milieu rural où ils avaient eu pour effet d'accroître la scolarisation des filles (van de Walle 2005). A nouveau, de tels résultats, solidement établis, ont forcément un effet politique, dans la presse, le lendemain de leur publication, mais également ultérieurement dans l’évolution des programmes sociaux. A tout le moins, laisser ces résultats de côté aura un coût politique. L’ignorance ne peut plus être un argument pour maintenir le statu quo et cela est aussi un progrès.