Education, pauvreté, inégalités: quelles relations économiques ?

Par Florence ARESTOFF et Jérôme SGARD
Comment citer cet article
Florence ARESTOFF et Jérôme SGARD, "Education, pauvreté, inégalités: quelles relations économiques ? ", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 20/07/2018, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part4/education-pauvrete-inegalites-quelles-relations-economiques

Nous venons de voir que des formes de discrimination dans l’accès à l’école peuvent avoir des effets tout au long de la vie des individus et donc engendrer des inégalités structurelles entre communautés ou groupes sociaux inégalement accueillis par l’institution scolaire. Cela étant, le marché du travail a souvent un effet spécifique additionnel : à éducation et qualification égale, les salariés issus de minorités ethniques ou raciales ou les femmes peuvent avoir une probabilité de revenu inférieure. Arias et Tejerina (2002) ont montré qu’au Brésil, les métis sont aussi discriminés que les noirs à faible niveau d’éducation alors qu’ils sont traités comme les blancs lorsqu’ils ont fait des études supérieures – contrairement aux noirs qui, eux, continuent d’être discriminés. Autre exemple, sur le marché du travail informel, l’éducation n'est pas forcément valorisée. Elle l’est parmi les commerçants informels de Mexico étudiés par Smith et Metzger (2008) mais pas chez les travailleurs informels de la capitale malgache (Arestoff 2001).

Parce que les inégalités en capital humain passent à travers le filtre du marché du travail et du mécanisme de formation des salaires, les réformes de ce marché vont affecter directement la valorisation relative des différents types de qualification. On pensera à des politiques de « flexibilisation », qui peuvent exposer les travailleurs à des formes nouvelles de risque ou d’incertitude. Dans les pays en développement, les politiques d’ouverture extérieure agissent de façon importante sur la rémunération relative de différents types de spécialisation. Par exemple, la soumission à la concurrence internationale de secteurs longtemps protégés par des barrières douanières va entraîner des évolutions de salaires et d’emploi. Des compétences spécifiques à ces secteurs subiront sans doute une dévalorisation marquée. Plus généralement, on retrouve ici le constat désormais commun selon lequel les salariés aux niveaux de formation bas ou intermédiaires sont particulièrement exposés à la pression concurrentielle avec la globalisation.

Le cas le plus spectaculaire est évidemment celui des réformes économiques réalisées en Europe de l’Est qui ont affecté puissamment la demande de différents types de formation et leur valorisation monétaire sur un marché du travail émergent, le tout dans un contexte de redistribution massive en parallèle des droits de propriétés sur le capital physique (Milanovic et Ersado 2008). Lopez Acevedo (2006) a étudié les effets très limités en termes de réduction des inégalités d'un accroissement important de l’investissement éducatif depuis les années 1980 au Mexique en raison de la politique d’ouverture commerciale suivie par le pays qui a eu pour conséquence de revaloriser, en termes relatifs, les niveaux de formation élevés tout en limitant le rendement d’une éducation intermédiaire, devenue elle-même plus commune dans le pays. Autre exemple, plus fin, Munschi et Rosencweig (2006) ont montré à partir d’enquêtes menées à Bombay durant plus de vingt ans que les réformes économiques, notamment l’ouverture extérieure de l’économie, sont allées de pair avec un accroissement du différentiel de revenu en faveur des salariés passés par des écoles de langue anglaise par rapport à ceux qui ont étudié dans les langues locales.