Pauvreté et clientélisme électoral en Colombie

Par Juan Carlos GUERRERO BERNAL et Yann BASSET
Comment citer cet article
Juan Carlos GUERRERO BERNAL et Yann BASSET, "Pauvreté et clientélisme électoral en Colombie", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 21/10/2020, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part2/pauvrete-et-clientelisme-electoral-en-colombie

La relation entre FA et le vote en faveur de Juan Manuel Santos est complexe. Il apparaît cependant que la structure actuelle du programme FA pose problème. Les pouvoirs publics en sont conscients, et ont commencé à travailler à son amélioration et à une plus grande transparence. En premier lieu, la mise en place de la phase III du SISBEN, qui devrait être prête en 2012, adopte une méthodologie différente. La population pauvre n’est plus classée en catégories mais en fonction des carences dont elle souffre en matière de santé, éducation, logement et de sa vulnérabilité, ce qui doit permettre à chaque programme social de sélectionner plus efficacement la population ciblée.

Par ailleurs, la population touchée par l’extrême pauvreté fera l’objet d’une plus grande attention : le réseau UNIDOS doit coordonner l’action de toutes les structures publiques en charge des plus pauvres. Elle bénéficiera également d’un suivi personnalisé, et obtiendra un accès prioritaire aux programmes sociaux, dont FA. L’objectif est d’identifier quelque 350 000 familles en situation critique. Enfin, le Département national de planification (DNP) tente actuellement de définir les conditions de sortie des programmes sociaux.

Ces mesures visent à obtenir un meilleur ciblage. Il est prévu que les familles du réseau UNIDOS entrent automatiquement dans le programme FA. En contrepartie, le nouveau SISBEN devrait entraîner la sortie du système d’une partie importante des bénéficiaires actuels. Ces modifications vont probablement dans la bonne direction. Le programme FA a obtenu des résultats non négligeables en matière de nutrition et de scolarité dans les zones rurales, mais son extension incontrôlée au cours du second mandat d’Álvaro Uribe lui a fait perdre de sa capacité d’impact. Il n’est pas certain non plus que ces mesures réduisent l’effet électoral du programme. En Colombie, comme ailleurs en Amérique latine, il serait bon de mieux informer la population du fait que les programmes sociaux dépendent de l’Etat et que les aides versées ne sont pas des faveurs distribuées par générosité par le gouvernement en place mais relèvent de leurs propres droits.