Pauvreté et clientélisme électoral en Colombie

Par Juan Carlos GUERRERO BERNAL et Yann BASSET
Comment citer cet article
Juan Carlos GUERRERO BERNAL et Yann BASSET, "Pauvreté et clientélisme électoral en Colombie", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 20/07/2018, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part2/pauvrete-et-clientelisme-electoral-en-colombie

La Colombie est un pays d’environ 45 millions d’habitants situé dans la partie nord-ouest de l’Amérique du Sud. Administrativement, elle se divise en 32 départements, auxquels s’ajoute le district de la capitale, Bogotá, et en 1 122 communes de population très inégale.



La population se concentre en effet sur la cordillère des Andes qui traverse le territoire du sud au nord en trois grandes chaînes de montagnes parallèles (localisées à l’ouest du pays), et sur la côte caraïbe (située au Nord-Ouest). En revanche, les plaines de la partie orientale, couvertes en grande partie par la forêt amazonienne, sont presque totalement dépeuplées. Par ailleurs, la ville de Bogotá concentre à elle seule quelque 16% de la population, avec plus de sept millions d’habitants, Medellín et Cali dépassent toutes deux les deux millions d’habitants et Barranquilla, centre urbain le plus important de la côte caraïbe, atteint un million d’habitants.



Il convient de garder en tête cette répartition de la population colombienne avant d’observer les cartes suivantes qui, représentant des pourcentages, minimisent le poids des grandes villes et surestiment les communes de la partie orientale, très peu peuplées mais très étendues.

La pauvreté peut être estimée selon la méthode des Besoins essentiels non satisfaits (Necesidades Básicas Insatisfechas - NBI) qui détermine, lors des recensements, les carences en matière de logement, revenus et éducation des enfants. En fonction des différents critères retenus dans le cadre de cette méthode, les derniers chiffres du Département administratif national de la statistique (DANE), établissent qu’en 2010, 27,78% des Colombiens vivaient dans des foyers présentant au moins un NBI. Mais la pauvreté ainsi évaluée se distribue de manière très inégale. La carte ci-dessous nous montre très clairement que les grandes villes et leurs zones d’influence (Bogotá, Medellín, et Cali) offrent de meilleures conditions de vie à leurs populations.



En revanche, la pauvreté est forte dans les départements des deux côtes (caraïbe et pacifique) et dans la partie orientale (mais comme on l’a vu, cette dernière concerne une population très limitée).
Depuis les années 1990, la Colombie, comme tout le reste de l’Amérique latine, a mis en place une nouvelle stratégie de lutte contre la pauvreté à travers de programmes de transferts de ressources conditionnés (voir la liste de ces programmes sur le site de la CEPAL), transferts monétaires versés périodiquement aux familles les plus pauvres ayant des carences en matière de revenus, d’alimentation, de santé ou d’éducation des enfants. En contrepartie, celles-ci s’engagent, selon les cas, à se présenter à des visites médicales régulières, à scolariser les enfants, etc.

Familias en Acción est le plus important de ces programmes en Colombie. En 2010, année électorale qui nous intéresse ici, le programme a distribué un total de plus de 570 millions d’euros à près de 2,5 millions de familles.
Les bénéficiaires de FA sont des familles ayant des enfants de moins de dix-huit ans et répondant à l’un des critères suivants : 1) elles sont en situation de pauvreté, 2) elles ont été déplacées à l’intérieur du pays (les « déplacés » sont les personnes qui ont dû fuir leur lieu de résidence en raison des menaces liées au conflit interne que connaît la Colombie ; ils seraient 3,7 millions en 2011 selon l’Agence présidentielle pour l’action sociale et la coopération internationale), 3) elles appartiennent à une ethnie indienne reconnue par le ministère de l’Intérieur. La pauvreté est le principal critère pris en compte pour bénéficier de l'aide puisque 36 000 familles déplacées et 2 500 familles indiennes sont bénéficiaires. Nous nous intéresserons donc principalement à ce premier critère.